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par Alfro - le 16/06/2014
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par Alfro - le 16/06/2014

Édito #13 : Les filles dans les shônens

Le shônen est par définition un manga qui se destine aux jeunes garçons (que continuent à lire les moins jeunes, par intérêt professionnel bien évidemment). Les héros sont presque systématiquement de jeunes adolescents ou garçons, ils s'adressent à un public masculin et font souvent l'apologie de valeurs que l'on tendrait à nous présenter comme celles de la virilité. Cela laisse donc peu de place aux filles, pourtant bien présentes dans ces séries. Simple faire-valoir ?

Si l'on pose la question de cette façon, c'est que forcément la réponse appelle la négative. Mais il ne faudrait pour autant pas croire que c'est entièrement faux. Quel nombre de scènes de la jeune fille appellant à l'aide le héros ? Combien de fois avons-nous vu les membres féminins de l'humanité relegués aux côtés de l'arène où s'affrontent fièrement les hommes ? C'est particulièrement sensible avec les mangas de sport comme Olive et Tom ou Eyeshield 21, où pendant que les héros courent comme des dératés, leurs copines restent vissées à leur siège de spectatrices. Comme si le combat n'était pas leur affaire.



Pourtant, nous avons notre lot de combattante. Ce à quoi l'on nous réplique souvent qu'elles sont remisées au second plan pendant que le héros franchit palier sur palier, les laissant vite sur le bord de la route en terme de puissance. Commençons par le début, Dragon Ball donc, où tout débute avec l'arrivée de Bulma. Celle-ci ne se bat pas, mais elle est aussi la voie de l'intelligence dans un groupe où prédomine le "tape d'abord, il restera bien assez de temps pour les questions après". Certes, Chichi ressemble à un préjugé sur pattes de la femme au foyer une fois son enfance passée, ce à quoi on ne pourra que souscrire (bien qu'il doit y avoir peu de femmes au foyer capables de détruire des murs à coup de pied).

Cette œuvre date cependant de 1984, et est forcément marquée par l'esprit de son temps (même si elle est en avance sur plein de sujets). Avançons donc plus avant, au milieu des années 90, quand le manga vit un second âge d'or. On va alors dire que le personnage féminin est remisé rapidement au placard quand dans Bleach, la love-interest Orihime perd tout son potentiel offensif et passe plus de temps à être un appât qu'à combattre. Ce serait pourtant faire un mauvais procès à Tite Kubo puisqu'elle suit le même chemin que Chad, autre humain à pouvoirs qui se voit rapidement dépassé par la puissance des Shinigamis. D'ailleurs, dans ces derniers on retrouve des personnages comme Soi Fon ou la précédente Kenpaichi (titre accordé au plus puissant des capitaines). Certes des personnages secondaires, mais qui ont l'heur de se battre tout autant que leurs collègues masculins.

Dans Naruto, on a cru que Sakura suivrait un chemin douloureux, celui d'être au milieu d'un triange amoureux sans n'avoir d'autre intérêt. Cela jusqu'à ce que la cinquième Hokage, Tsunade, lui apprenne à démolir (littéralement) le monde à coup de poings. Masashi Kishimoto ne la laisse donc pas s'enfermer dans son cliché de la femme esseulée et lui redonne un intérêt narratif. Dans un nekketsu (un voyage initiatique où le chemin se fait à grand renfort de baffes), il est rare de voir cependant de voir un personnage féminin faire plus qu'assurer le quota, pourtant ce serait faire un procès d'intention à un genre qui n'aborde tout simplement pas ce sujet de la parité pour la simple et bonne raison que ce n'est pas son propos. En effet, le nekketsu est souvent un conte qui met en exergue des valeurs morales, qui vante le courage et la détermination. Il n'a pas à vocation de faire un parallèle avec notre société.

Ainsi, on pourrait citer Nami, principal personnage féminin de One Piece, qui renacle à combattre (bien qu'elle puisse se défendre) mais dont Eiichiro Oda indique bien que son rôle n'est pas la baston mais bien de réfléchir et de guider cette bande joyeux lurons au sens de l'orientation désastreux. Voilà toute la problématique du shônen, il s'adresse aux jeunes garçons et va donc plus facilement placer ceux-ci dans l'action, mais il n'en dévalue pas pour autant son pendant féminin. Surtout que l'on pourrait repenser à Fairy Tail, qui propose un point de vue tout à fait différent de ces illustres aînés. En effet, Hiro Mashima ouvre son manga sur la quête de Lucy qui est de fait la narratrice de l'œuvre, et si c'est Natsu qui fonce tout feu tout flamme dans les combats avec les boss, c'est à travers son regard que l'on découvre le monde des guildes de mages. La place des filles dans les shônens n'est donc pas liée à leur condition, mais au rôle qui est laissé au héros sur lequel l'auteur met tout logiquement l'accent.

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