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Édito
par Thomas Mourier - le 22/02/2021
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par Thomas Mourier - le 22/02/2021

Bande dessinée : éditions originales, premières éditions & spéculations

Comment reconnaître une édition originale ? Est-ce que mes vieux Tintin ont de la valeur ? Est-ce que cette première édition d’Astérix est cotée ? Quelques éléments de réponse, entre collectionneurs et spéculateurs.

Bienvenue dans la quête de l’impossible où la magie de la spéculation rencontre les trolls d’internet, où les caves du Mordor regorgent de premières éditions planquées pour faire monter les prix et où ce n’est pas un petit gars aux pieds poilus qui va vous tirer de là (note du rédacteur : contrairement à ce que disent mes enfants, je n’ai pas les pieds poilus)

Comme toutes collections, les bandes dessinées ont une valeur (vous pouvez déjà connaître sa valeur au prix d’achat en €, dans la partie des statistiques de votre profil Bubble pour avoir une première idée) ; et comme toutes les collections certaines pièces sont recherchées, cotées, et négociées. 

Les collectionneurs de bandes dessinées se sont basés sur une donnée particulière pour chiffrer ces cotations et donner de la valeur à certains albums : l’édition originale ou EO

Je rappelle qu’il n’y a pas de valeur particulière à ces livres SAUF auprès de certains collectionneurs qui les recherchent : il existe des cotes mais qui ne sont qu’ indicatives. À la vente les prix sont très différents (mais on y revient plus bas.)

Qu’est-ce qu’une édition originale ?

Question très difficile parce qu’il n’y a pas de règle absolue, et les conditions changent selon les années de parution des livres. Pour résumer : un livre peut faire l’objet de plusieurs tirages ou réimpressions indiquées comme une nouvelle édition incluant des changements ou corrections. 

Si vous cherchez des éditions originales (EO), il n’y a pas de mention particulière. Par contre, les éditeurs doivent mentionner les éditions ou tirages consécutifs : si une « première édition » n’est pas indiquée, les 2, 3… le sont obligatoirement. Vous avez ici un premier indice mais cela ne suffit pas. 

Il faut se référer aux pages de garde du livre où sont notées les mentions légales (souvent en ouverture, ou à la fin du livre) mais aussi à la couverture et la 4e pour vérifier. 

⚙️ Si vous calez, un peu de vocabulaire : 

Copyright : Souvent abrégé en ©, ce terme indique que l’œuvre, le texte et les visuels ont fait l’objet d’un dépôt légal et que toute utilisation nécessite un accord du propriétaire. Il peut exister d’autres éditions du livre chez d’autres éditeurs, cette mention n’indique pas forcément une première édition.

Date d’impression : Elle indique la date où le livre a été imprimé avec la mention de l’imprimeur et du pays.

Dépôt légal : Obligation de l’éditeur d’enregistrer chaque parution à la Bibliothèque Nationale et d’y déposer un exemplaire.

La quatrième de couverture ou 4e de couv’ :  elle désigne le verso du livre.

Une Première Édition n’est pas forcément une Édition Originale 

À ce stade de votre enquête : vous n’avez pas de mention de 2e édition, vous avez une date de dépôt légal qui correspond à celle du copyright (même année, les mois sont souvent différents). Pour les livres récents, vous avez probablement une première édition. 

Pour les livres plus anciens, il n’y a pas forcément de copyright ou d’indication, il faut aussi se repérer avec la 4e de couv (certains sites les références pour les Tintin par exemple) ou la liste des ouvrages parus : si un album ultérieur est mentionné, vous avez compris qu’il s’agit d’une réédition. 

Mais est-ce pour autant une  édition originale (EO) ? Pas forcément. Cette édition est la première chez l’éditeur mais le contenu a peut-être été publié chez un autre éditeur (ici l’exemple des comics est très parlant, où de nombreux titres ont changé d’éditeur ces dernières années entre Semic, Panini, Urban…)

Il va falloir faire un travail de recherche pour en savoir plus ou vous référer à des ouvrages ou sites spécialisés.

“Un Argus pour les gouverner tous
Un Argus pour les trouver…

À la fin des années 80, Michel Béra, Michel Denni et Philippe Mellot ont même créé un argus, le BDM : qui donne des cotes qui font référence sur le marché de l’occasion, des tirages spéciaux et des premières éditions. Assez contesté et critiqué sur les cotations indiquées, il est le seul ouvrage de ce genre existant depuis 1978, mais plusieurs sites essaient de proposer des alternatives. Devant le nombre de sorties étendues ces dernières années, le BDM ne donne que la cote des albums dont le prix dépasse celui de la valeur d’achat (ou la série associée).

⚠️ Quelques mises en garde autour de cet argus avant d’aller plus loin :

Les cotations sont souvent bien au-dessus des prix du marché, allez faire un tour sur le comparateur de livres d’occasion Chasse aux livres pour vous rendre compte de l’évolution des prix d’un album. Vous verrez avec ces graphiques & statistiques que souvent ont est bien en dessous des prix préconisés. 

Il faut savoir aussi qu’on parle d’album état neuf (et donc si votre album est “seulement” en bon état voir état moyen, la cote dégringole d’un coup. Mais disons que ça fait partie de la négo entre l’acheteur & le vendeur. Les Anglo-saxon parlent même de MINT pour désigner les livres parfaits, jamais ouverts, jamais lus.)

Album de collection ou d’occasion ?

L’occasion désigne tous les albums que vous pouvez acheter ou vendre et certains se distinguent par des caractéristiques de rareté : édition originale (EO) ou première édition comme vu plus haut. Mais aussi les tirages spéciaux (tirage de tête, tirage de luxe, tirage limité, première édition avec carnet de croquis ou pages supplémentaires). 

⛔️ Ou encore un album dédicacé et signé par l’auteur mais ici sachez qu’il existe une horde de lecteurs peu scrupuleux qui en font un business sur le dos des auteurs. Une pratique vicieuse qui consiste à demander un dessin que l’auteur offre à ses lecteurs, sans être rémunéré, et que certains revendent à prix d’or. Si vous croisez ce type d’annonce, n’hésitez pas à les ignorer pour ne pas entretenir ce marché noir et préférez acheter directement auprès des auteurs, ils sont nombreux à vendre des prints, dédicaces, planches sur leurs réseaux. 

Bon, vous avez fait toutes ces démarches, c’est que vous cherchez à vendre ou acheter ce type d’albums.  Vous êtes plutôt du coté de la collection que de l’occasion, et vous êtes un acteur du marché, vous allez contribuer à la valeur fluctuante de ces EO : la valeur dépend de plusieurs facteurs.

Son ancienneté et sa rareté mais aussi sa popularité (qui regroupe celle de l’album mais aussi celle du marché) et son état (à noter que certains albums anciens n’existent plus en bon état.) Cela peut être également un défaut d’impression ou une spécificité qui rend le tirage unique. 

Pour conclure, mis à part jouer à Balthazar Picsou en cherchant à acquérir des pièces rares avant ses concurrents ou à Largo Winch en cherchant des albums qui prendront de la valeur à la revente, ces éditions n’ont aucun plus pour le lecteur (sauf en cas de première édition avec cahiers supplémentaires par exemple).

Je précise car c’est aussi une question récurrente, la bande dessinée est un média de masse, basé sur la reproduction. De plus les rééditions sont souvent accompagnées de pages supplémentaires, de bonus, de préface…

Bonne quête ! 

💡Pour aller plus loin : 

The Collector, Indiana Jones ou Wimbledon Green, portrait (pas si robot) du collectionneur de bande dessinée ?

Faut-il assurer ses bandes dessinées pour se rassurer ? Et si oui comment ? 

BD introuvables ou moins chères, on saute sur l’occasion ?  


Image principale :  © Expertissim
Photo d’une  édition originale de « Tintin au pays des Soviets », 1930, 4ème Plat blanc et neutre, éditions « Le Petit Vingtième », 1930.

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