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Édito
par Thomas Mourier - le 2/06/2026
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par Thomas Mourier - le 2/06/2026

Gallmeister Le Lombard, une nouvelle collection de littérature qui se dessine

Lors du festival du livre de Paris, nous avons pu assister au lancement de la collection commune des éditions Le Lombard et autour du catalogue nord-américain de la maison spécialisée dans le Nature Writing, Gallmeister. Cinq titres sont déjà bien avancés et une douzaine d’autres sont en production.

Le Gang de la clef à molette d’Edward Abbey par Jean-Baptiste Hostache / ©Jean-Baptiste Hostache / Le Lombard / Gallmeister

La rencontre s’est faite sur un malentendu, quand Oliver Gallmeister, fondateur des éditions Gallmeister, apprend que Le Lombard rachète les droits BD de Betty, le best-seller de Tiffany McDaniel, il tente alors de faire faire l’adaptation lui-même avant de jeter l’éponge.

Puis Le Lombard achète également les droits de Lonesome Dove, un autre livre du catalogue et une rencontre est organisée, le courant passe, une nouvelle collection voit le jour. « Je trouve que l’édition garde encore cette espèce de naïveté, parce qu’on n’avait rien en commun, on ne se connaissait pas, on n’a aucun lien capitalistique » continue Oliver Gallmeister « c’est l’histoire d’une rencontre, tout simplement.»

Deux maisons aux horizons éloignés, que les histoires rapprochent 

Mathias Vincent, éditeur au Lombard explique sa démarche, « On veut juste partager de belles histoires, partager des récits, et enchanter un maximum de lecteurs. » rejoint par  Oliver Gallmeister  « Ils ne font pas de littérature à thèse, moi je veux juste raconter des histoires. »

La rencontre opère aussi sur la notion du genre dont l’étiquetage cloisonne parfois les invitations à la lecture : « Le genre est souvent décrié mais le genre peut faire rire avec de la vraie qualité d’écriture et de la vraie qualité de produit », affirme Mathias Vincent. Oliver Gallmeister abonde : « Les genres ça n’existe pas en littérature. »

Mathias Vincent parle de l’ouverture des éditions du Lombard face au côté patrimonial du catalogue « on essaye aujourd’hui de vraiment se reposer sur nos deux pieds, c’est la tradition, le patrimoine, la création et la nouveauté. Pour l’instant on touche du bois, ça se passe bien.»

L’idée de les rassembler dans une collection abolie ce type de frontières. Oliver Gallmeister va plus loin « Je pense que le fait de créer une collection ça crée un habitus, ça crée des signes de reconnaissance, et quand on a le standing et la qualité éditoriale d’une maison comme Le Lombard, ça permettra aussi aux gens d’aller vers de nouveaux territoires sans doute : ils n’auraient pas lu les livres qui sont là, si ça n’avait pas été fait par Le Lombard dans une collection.»

Adapter un texte, ce n’est pas l’illustrer

Mathias Vincent souligne l’exigence de la collection proposée, avec une grande attention à la qualité de l’adaptation : « Adapter c’est vraiment un boulot à part. Le risque c’est les auteurs qui viennent nous dire qu’ils ont aimé un roman et qu’ils veulent juste le transcrire graphiquement. En fait ça, ça ne fonctionne pas, ça fait des blocs de texte avec des images en dessous qui illustrent le texte, ça n’a vraiment pas d’intérêt. 

Lonesome Dove de Larry McMurtry par Richard Guérineau / ©Richard Guérineau / Le Lombard / Gallmeister

Ce sont deux arts totalement différents, la littérature et la bande dessinée. La littérature c’est l’art d’écrire, la bande dessinée c’est l’art de montrer, on est plus dans le film. Donc c’est logique qu’il faille complètement le repenser, en fait on raconte la même histoire mais via un chemin totalement différent et ça demande parfois des sacrifices énormes, d’enlever des personnages, de couper des scènes. Il faut vraiment faire un gros travail pour réussir à raconter la même histoire par une autre narration, à un autre rythme. C’est un boulot malheureusement qui est un peu oublié. »

Oliver Gallmeister est confiant,  « Je pense que l’adaptation fait partie de la vie d’un livre. Par exemple, on a publié Les Dents de la Mer, un roman de Peter Benchley il y a quelques années —un roman qui a 50 ans— qui avait été adapté par Spielberg. Le film et le roman ont très peu de choses à voir, parce que là il a réécrit pour le cinéma magnifiquement, un livre qui a été formidable aussi mais qui est un très bon livre de littérature, et ça a fait un très grand film. […] C’est remarquable mais c’est autre chose, c’est la lecture d’un artiste du travail d’un artiste. Et ça se passe, je n’ai aucune inquiétude. »

Mathias Vincent revient sur le choix des auteurices pour chaque adaptation : « C’est mon travail, de trouver des auteurs qui ont quelque chose à apporter au roman. Souvent je leur pose la question : « Comment vous comptez le traduire graphiquement ? » Et s’ils me répondent juste qu’ils ont bien aimé et que le texte se suffit à lui-même, ça ne suffira pas malheureusement.»

De son côté, Oliver Gallmeister leur fait confiance après une première expérience autour de Betty, le best-seller de Tiffany McDaniel, qu’il raconte amusé « J’ai vu des dessins, des storyboards, et je n’ai pas du tout aimé, pour être franc. J’étais un peu choqué, c’était les premiers qu’on m’avait montrés, je me suis dit : « C’est pas le livre ». Mais je l’ai fait circuler dans mon équipe, où il y a beaucoup de personnes de moins de 30 ans, et tout le monde a adoré. 

Et c’est là que j’ai compris que je n’étais vraiment pas fait pour faire ce métier et qu’il fallait que je leur fasse confiance. Maintenant que je le vois, évidemment comme je suis un peu un âne, je trouve ça superbe, notamment la couverture, ce qui prouve que je n’ai aucun goût, aucun regard en ce qui concerne l’univers graphique. » Il conclut « c’est la preuve que, comme en littérature, le regard ça s’éduque.»

Une collection comme un vaste univers 

Cinq titres sont déjà annoncés, portés par des auteurices de talent qui donnent chacun.ne.s leurs visions du texte. 

Betty de Tiffany McDaniel, signé par le scénariste Jean-Luc Cornette et la dessinatrice Amélie Causse, annoncée pour le 23 septembre 2026. « Jean-Luc Cornette voulait vraiment l’adapter. On a laissé faire parce qu’il avait vraiment ce sens du découpage et ce sens de la traduction dans un autre langage.», explique Mathias Vincent, qui a misé sur le trait rond d’Amélie Causse pour mettre en image ce texte très dur envers son héroïne, « On cherchait un dessin qui permette justement de casser ça, de rendre tout un peu plus doux. »

Toujours pour septembre 2026, paraîtra également Le Gang de la clef à molette d’Edward Abbey, premier livre publié par Gallmeister, adapté par Jean-Baptiste Hostache. Un roman plein d’humour qui va parfaitement au dessinateur d’On les appelle Junior et Senior. Un projet que le dessinateur a proposé directement à Mathias Vincent « c’est un récit très drôle, bourré d’aventures. C’est un « grand huit », une fois qu’on entre dans le rollercoaster on ne redescend pas. C’est vraiment le style parfait pour ça, c’est encore plus facile pour moi quand j’ai un auteur qui vient me vendre un projet parce que je peux directement imaginer son style. Là, c’était vraiment un alignement des planètes, il fallait le faire

En novembre 2026, ce sera Richard Guérineau qui s’empare du roman de Larry McMurtry (Prix Pulitzer 1985) Lonesome Dove. « Tout le monde aime ce livre-là. C’est un western de 1400 pages qui raconte l’histoire de deux cowboys dépressifs qui sont au Texas au sud des Etats-Unis et qui décident d’aller dans le Montana, 3000 km plus haut pour monter un ranch.» souligne Oliver Gallmeister, Mathias Vincent complète « c’est pour moi la quintessence du catalogue Gallmeister : on est vraiment dans du pur récit de genre, on en a tous les codes pourtant sans sacrifier la qualité d’écriture. Il y a quelque chose d’absolument magnifique dans ce récit qui est un petit peu crépusculaire.»

Puis, sans dates encore annoncées, sont dévoilés Winter’s Bone de Daniel Woodrell, réadapté intégralement par Romain Renard après une première version chez Casterman sous le titre Un hiver de glace. Mathias Vincent précise « le style de Romain a tellement changé depuis près de 10 ans, qu’en fait il s’est dit « je vais retoucher ceci, je vais retoucher cela », puis finalement il est reparti à zéro. Il est en train de nous le refaire de A à Z, ce sera donc une vraie nouveauté parce que même la narration va changer même si le récit a déjà été travaillé.»

Puis Le Silence de Dennis Lehane, son tout dernier roman, dessiné par Éric Hérenguel. «On est en 1974, à l’époque de ce qu’on appelle le « busing », pour lutter contre le racisme aux États-Unis. Dans la ville de Boston, on a décidé de favoriser la mixité scolaire en emmenant des enfants des quartiers noirs dans des lycées de quartiers à majorité blanche, et des enfants de quartiers à majorité blanche irlandaise dans des quartiers noirs.» résume Oliver Gallmeister. Et Mathias Vincent cherchait quelqu’un qui puisse dessiner la ville de Boston et l’a envoyé à Éric Hérenguel « j’imaginais bien son dessin réaliste là-dedans. Je lui envoie, il le lit et il me fait un retour en me disant : « Je vois pourquoi tu me l’as envoyé, c’est vraiment le côté humain et social qui t’a plu ». […] Ce qui m’a touché, c’est qu’en fait cette histoire se passe à Boston, mais lui a l’impression que ça aurait pu se passer chez lui. Dans sa jeunesse, il a aussi vécu dans des quartiers comme ça, bien différents, où la pression sociale lui imposait ceci ou cela, donc il s’est vraiment projeté dans le récit et ne veux pas que quelqu’un d’autre le raconte. Limite, ça va devenir son histoire.»


En plus de ces cinq titres, 5 de plus sont déjà engagés d’ici 2030. Mathias Vincent conclut « On a de la chance. Tu nous amènes ce que tu fais de mieux, c’est-à-dire de supers récits, nous on en fait ce qu’on fait de mieux c’est-à-dire des bandes dessinées. Ça a l’air logique comme ça mais c’est un vrai travail, on en reparlera. Jusqu’à quand ça va durer, jusqu’à ma retraite, plus ou moins, on verra après pour la relève. »


Image principale : Oliver Gallmeister au centre, Mathias Vincent à droite et le journaliste Victor Macé de Lépinay qui animait la rencontre à gauche / Photo©Thomas Mourier

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