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Incontournables
par Thomas Mourier - le 15/09/2017
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par Thomas Mourier - le 15/09/2017

Blueberry de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier

Comme les saisons, le western en bande dessinée est un genre très présent mais éphémère. Certains sont impérissables tel Blueberry, la saga épique et humaniste de Jean Giraud & Jean-Michel Charlier.Un choc. Esthétique d’abord devant la beauté et la précision des dessins mais aussi pour la représentation non manichéenne des personnages, loin de les idéaliser… Lire la Suite →

Comme les saisons, le western en bande dessinée est un genre très présent mais éphémère. Certains sont impérissables tel Blueberry, la saga épique et humaniste de Jean Giraud & Jean-Michel Charlier.
Un choc. Esthétique d’abord devant la beauté et la précision des dessins mais aussi pour la représentation non manichéenne des personnages, loin de les idéaliser ou de les marginaliser, Jean Giraud examinait l’une des figures mythiques de la lutte contre la colonisation de l’Ouest.

Retour aux premiers volumes de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier. Pour la première fois, la bande dessinée s’attaquait aux cow-boys et aux indiens mais d’un point de vue antimilitariste, revenant sur les génocides indiens et l’aspect colonisateur des premiers américains. Mike Blueberry, soldat par défaut, n’aime pas tellement ses camarades tuniques bleues, ni les décisions de Washington. Si le personnage à la gueule de Belmondo nous plait tant, c’est qu’il combine l’héroïsme et l’irrévérence, la fougue et l’indifférence.

Autre particularité de cette série qui va s’imposer comme la référence, sa construction scénaristique sur plusieurs albums. Le premier cycle s’achève au bout de cinq albums alors que le standard est plutôt l’histoire courte de quelques pages dans les années 1960. Aussi, Charlier explore une possibilité encore peu explorée en bande dessinée : faire vieillir son personnage au fil de ses aventures. Jusque-là, les héros étaient prisonniers d’un temps figé, à la fin de chaque aventure, ils revenaient plus ou moins au point de départ. Blueberry lui, subit la violence de son époque, des combats, la marque du temps et de l’alcool : ses décisions entraînent des changements irrémédiables. C’est probablement l’un des secrets de longévité de la série.

« Vous faites vraiment partie de l’armée ? » 

L’autre raison, qui n’est pas un secret, est le somptueux dessin de Giraud qui a évolué tout au long de la saga et qui a révélé l’un des plus grands dessinateurs de l’histoire du 9e art. Dans les pas de son maître Jijé, le jeune dessinateur va chercher son style, passant d’un réalisme gratté & dur à un dessin plus souple tandis qu’il explore de nouvelles techniques sous le pseudonyme de Moebius. Dessin anatomique et décors incroyables de réalisme dans Blueberry avec en parallèle son trait hachuré et hésitant dans Arzak qui laisse libre court au dessin automatique, sans lunettes ou sous l’emprise de psychotropes. Deux dessinateurs distincts se mettent à coexister, avec deux univers radicalement différents mais pas hermétiques.

La reprise par Giraud, seul après la mort de Charlier, ainsi que les spin-off ont encore élargi les possibilités et la manière d’aborder la série. Plusieurs scénaristes et dessinateurs sont intervenus dans les différents cycles. Quatre grandes périodes composent la série : Blueberry & Mister Blueberry (renommée ainsi par Giraud quand il reprend seul la série à partir du tome 24), la Jeunesse de Blueberry et Marshall Blueberry.

Sous couvert de son apparent classicisme, elle est une des plus modernes de la bande dessinée franco-belge. Dargaud réédite sous forme d’intégrales avec dossier (et bonus) tous les albums de la saga, une bonne occasion de rejoindre l’équipée sauvage.

Images extraites de l’album © Jean Giraud/Michel Charlier/Dargaud

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