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par Republ33k - le 30/05/2016
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par Republ33k - le 30/05/2016

Airboy, la critique

Après Urban et Bliss Comics, c'est au tour de l'éditeur Jungle de se lancer dans le grand bain de la BD à l'américaine. Et en l'occurrence, l'éditeur Jungle Comics, pour ses premiers pas dans le marché français, vous propose de découvrir un titre pour le moins original : le bien nommé Airboy.

Originellement parue chez Image, cette série de James Robinson et Greg Hinkle vous propose de plonger, et c'est assez rare pour être souligné, dans le quotidien de ses deux auteurs. A la manière d'un C'est un Oiseau, cette bande-dessinnée ne s'intéresse ainsi pas au héros qui donne au nom à l'album, mais plutôt aux auteurs chargés de lui donner un nouveau souffle. Et dans le cas d'Airboy, l'un des nombreux héros de l'aviation, qui étaient archi-poulaires pendant les années 1940, il y a fort à faire.

Pas étonnant, donc, de voir James Robinson, en perte de vitesse, dans son couple comme dans sa vie professionnelle - nous raconte-t-il ici - se casser les dents devant ce héros tombé dans le domaine public. Incité par le directeur de publication d'Image, il va finalement se laisser convaincre par l'idée d'un reboot, qu'il discute lors d'une soirée bien trop arrosée avec le dessinateur Greg Hinkle... Tout ça nous ait raconté dans ce formidable album, qui mélange le vrai et le faux, les faits et le fantasme pour un mélange pour le moins explosif et méta.

On se retrouve alors avec une sorte de Last Action Hero qui prendrait racine dans l'univers des comics de l'âge d'or, qui s'expriment à travers l'un de leurs plus fiers représentants, tandis que notre monde est incarné par les deux auteurs-personnages. Toute l'idée derrière ce vrai-faux reboot d'Airboy étant de placer le personnage de fiction dans le monde réel, celui de 2016, et les auteurs dans une seconde guerre mondiale fantasmée, pleine de robots-nazis. Une joyeuse confusion des genres, qui permet à James Robinson de dresser un tableau sur la complexe situation des auteurs de comics aux Etats-Unis.

C'est aussi l'occasion de tester les limites du genre, de questionner son rôle ou encore de mesurer sa popularité. Airboy est donc d'une vraie richesse thématique, qui sera ponctuée, au fil des pages, d'un humour assez savoureux, qui fait un excellent usage du décalage entre les personnages et leurs environnements. En ce sens, James Robinson réussit son coup en proposant un comic book aussi divertissant qu'instructif et inspirant.

Maintenant, les qualités d'Airboy ne nous empêcheront pas d'adopter un point de vue moins complaisant sur ce genre de textes métas, qui seront certes toujours salvateurs pour leurs auteurs, mais pas forcément intéressants pour les lecteurs qui cherchent à tirer de leurs lectures une vraie saveur, une vraie proposition. A ce titre, un album comme Airboy peut aussi être vu comme une série d'intellectuels, à la limite de l'ego-trip. Il faut dire que James Robinson, à l'issue de l'ultime chapitre, ne propose pas de vraies réponses à toutes les questions qu'il soulève au fil de l'œuvre.

Mais on pardonnera volontiers cet écueil devant les planches de Greg Hinkle, tout simplement géniales. Très à l'aise avec les splash-pages et des techniques de séquencialité plus originales, le dessinateur fait montre de tout son talent dans cet Airboy. Il nous offre d'ailleurs de vrais petits moment de bravoure, dans la mise en scène de la déconne comme dans le cadrage de l'épique. L'alchimie entre les deux auteurs se ressent à chaque page, et c'est sans doute ce qui distinguera Airboy de tous les autres albums méta.

Sorte de Last Action Hero du monde des comics actuel, le contenu adulte en plus, Airboy est une plongée passionnante dans l'esprit du scénariste James Robinson autant qu'une aventure méta divertissante parfaitement servie par les dessins de Greg Hinkle. Une bonne pioche pour le tout jeune Jungle Comics, qui offre au titre une très belle - quoi qu'un peu chère, 17 euros - édition, qui sublimera ce titre relativement unique en son genre, à paraître le premier juin prochain.

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