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L'avis de L'Etagère imaginaire

Profil de L'Etagère imaginaire
L'Etagère imaginaire
14 avr. 2025

J’avais un peu laissé de côté les commentaires de fabrication éditoriale sur les billets du blog et je profite de ce bien bel album pour rappeler que malgré la sur-consommation (à laquelle nous participons malheureusement au travers de nos nombreuses suggestions…) la BD reste souvent un bel objet sur lequel une petite poignée d’éditeurs continue à accorder une attention particulière. L’avantage des financements participatifs est que le principe des paliers pousse à travailler l’objet et d’éventuels goodies. Ici cela a abouti à une couverture toilée et un cahier graphique final. Je reste réservé sur l’aspect esthétique de ces toiles plastiques qui affadissent un peu l’illustration. Il reste néanmoins un objet bien fini doté d’une maquette élégante et aérée. Au cœur d’une attaque de démons Heloïse est soudain projetée par son vieux protecteur dans les Abysses… Elle se réveille dans un paysage désolé, une cité en ruine infinie parcourue de corps sans vie. Bientôt elle rencontre un chevalier avec qui elle va rechercher la sortie de ce labyrinthe déserté et qui semble parcouru de vestige d’un cataclysme inouï. Qui est-elle? Que fait-elle là? Où se trouve ce Styx qui lui a été demandé de trouver pour sauver le monde?… Comme souvent chez Komics initiative nous voilà avec une bonne petite claque graphique, qui se révèle bien plus qu’un simple book référence. Car sans grand mystère Snö trouve ses grandes références chez Nihei (pour l’errement dans des architectures désolées) et chez Madureira (pour le design infernal issu de Battle Chasers et surtout des jeux vidéo Darksiders. Comme une forme d’alchimie parfaite entre les deux univers, on retrouve l’itinérance de Blame! avec très peu de textes (et une lecture donc rapide) et un personnage énigmatique mais surpuissant lors de surgissements brutaux de violence. Le design est bien plus travaillé et élégant que le premier manga de Nihei et lorgne vers le design jeu vidéo avec une technique numérique qui permet de travailler les profondeurs, transparences, effets de focale et créer cette ambiance vaporeuse que l’on voit dans des créations récentes comme Birdking ou Raiders. Là encore Snö marque des points avec sa grande lisibilité et une technique qui évite un effet cracra de certains encrages vus chez Crom. Comme vous l’avez compris le scénario est minimaliste et se résume à notre découverte de ce monte souterrain. Mais l’auteur, conscient du risque narratif, crée une dynamique avec le chevalier, qui permet de rythmer l’itinérance et de divulguer quelques précisions que trop d’illustrateurs économisent en laissant le seul dessin comme descriptif. De même, la progression est réelle, entre cette entrée en matière explosive vers cette remontée à la recherche de la Lumière et une révélation finale impactante qui laisse présager un fort potentiel pour les deux tomes à suivre. Tout à fait à l’aise avec son statut d’introduction très visuelle, ce tome marque bien des points et révèle un auteur déjà très mature dans sa mise en scène narrative et suffisamment modeste pour ne pas tomber dans des fautes de jeunesse. Une bien belle découverte que je vous engage à vous procurer sans plus attendre (puisque les albums Komics sont diffusés dans toutes les bonnes librairies BD).

👍