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L'avis de L'Etagère imaginaire

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L'Etagère imaginaire
28 janv. 2025

Disons le d’entrée: Big Game est plutôt le haut du panier de la production feignante de Mark Millar. Teasé depuis quelques années, le gros crossover maison de Millar arrive enfin en un bref one-shot qui a deux principaux mérites: la maestria graphique du duo Larraz/Niro qui réalisent l’ensemble des cinq parties de l’album (et rappellent que tout amoncellement de stars du dessin ne vaudra jamais un projet mené de bout en bout par un artiste) et tout simplement le fun que sait mettre le plus écossais des businessmen de la BD dans ses mises en scènes brutes, violentes, sans fioritures et toujours cet art du dialogue punchy et en prise avec le réel qu’aucun autre auteur n’ose faire de façon si assumée. L’ambition du crossover est minimaliste et se cale totalement dans le cahier des charges des habituels crossovers du Big Two: un amoncellement de héros qui se mettent sur la gueule dans un évènement présenté comme historique mais finalement tout à fait réversible et asses banal. La particularité de ce Big Game est que c’est à ma connaissance la première fois qu’un auteur seul s’offre un tel joujou. Un peu comme si Stan Lee (seul créateur aussi prolifique et cohérent à ma connaissance) avait réuni l’ensemble de ses créations dans un unique event. Millar étant Millar, il déploie sa recette de mauvais garçon qui si elle est désormais éculée a toujours le mérite de nous dispenser du polissage puritain que s’impose souvent l’industrie. Mine de rien, placer la quasi totalité de ses personnages dans une histoire qui tient la route n’avait rien d’évident et même les quelques inévitables cameos (Space Bandits, Jupiter’s Legacy ou autre Superior) ne paraissent pas forcés. On achève donc ce blockbuster estival avec un plaisir non feint et persuadé qu’il ne s’agit que du premier d’une série. Le gros avantage de ce format qui déborde forcément de personnages et de deus ex machina est de s’économiser ce qui ennuie superbement l’auteur, l’origin story. Si le crossover se tire bien sur plus de vingt ans, la majorité des personnages importants restent des créations récentes (Prodigy, Magic Order, Nightwings) et on se rappelle que Mark Millar est finalement un aussi bon publicitaire qu’un scénariste original, parvenant à nous faire acheter un catalogue de ses publications avec l’envie de plonger dans la ribambelle de héros que l’on n’a pas encore lus, sublimés par les planches de Larraz. Il ne se cache de rien, ne force personne à acheter ses albums et ne trompe personne sur l’identité du projet. On pourra donc reprocher les mêmes choses qu’à toutes ses publications structurées sur un gigantesque massacre finalement effacé par un coup de baguette magique. Millar est suffisamment conscient de la grosseur de ses ficèles pour souligner que la cheffe du Magic Order n’a pas le droit d’intervenir dans les affaires simplement humaines ou que les pouvoirs téléchargés par les Ambassadors vont jusqu’au « coup de pied dans les couilles ». Finalement le talent des grands auteurs n’est il pas le soupçon de caractère instillé dans leurs créations, quelles que soient la facilité de réalisation. Car on préfèrera toujours un sale gosse qu’un blockbuster formaté.

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