"Face de Lune" propose une dystopie sur fond de course au pouvoir entre les aristocrates religieux, les pouilleux anarchistes venus des égouts et le contre-ordre religieux (secte) suite à des histoires de familles. Peu habitué aux scénarios de Jodorowsky, j'en découvre ici toute la créativité, mais aussi l'étrangeté : par les dialogues, par l'extraversion des personnages, par cet univers-bidonville du futur loin d'être des plus chaleureux. Heureusement dans ce méli-mélo apathique, le personnage de Borrado (alias "Face de Lune") saura maintenir la beauté et le mysticisme dont la série a besoin pour s'élever. Avec une introduction efficace et une présentation de l'univers de l'île de Damnuestra dans le T1 (soit T1 et T2 dans la nouvelle édition), le T2 (soit le T3 et T4 dans la nouvelle édition) s'assoit sur les acquis du premier pour proposer le meilleur tome de la série tant les pièces du puzzle se résolvent superbement et finissent par créer un univers cohérent. Le T3 (T5 nouvelle édition) pose la dernière pierre (de Faite), malheureusement de manière beaucoup plus maladroite que ses prédécesseurs. De genre fantastique, le dernier touche plutôt au "Heroic Fantasy" avec des libertés narratives qui cassent l'enjeu, le message et la force de "Face de Lune". C'est surtout la non-résolution d'une partie de l'intrigue (le pouvoir religieux en place) à la fin de la série qui ne permet pas à celle-ci de briller. D'autant plus que la lecture du dernier tome se lit très rapidement, il n'est pas du tout sur le même rythme que les tomes précédents. Le dessin de Boucq, grâce au scénario de Jodorowsky, s'exprime pleinement avec de belles séquences et mouvements, son trait se mélange a cette anarchie avec brio, en laissant place à des personnages détonants, dégoutants, pervertis, tout sauf placides, avec des traits et rides qui les rendent usées par le temps, une oligarchie puante qui possède l'arme nucléaire grâce à l'élément Totrane et dissuade de la rébellion du bas-peuple. L'univers dépeint est aussi très réussi avec des paysages détaillés qui habillent l'atmosphère fantastique et dystopique ; c'est notamment la cathédrale, qui imite l'actuelle "Notre-Dame de Paris" qui impressionnera par son détail et donnera une dimension mystique supplémentaire à l’œuvre. Une dystopie diversifiée qui tire son originalité avec ces personnages extravertis et haut en couleur, dommage pour le dernier tome qui ne boucle pas complétement cette série explosive.