Cette trilogie est dotée d’une réputation sans faille qui nécessitait de se pencher dessus bien qu’à l’époque elle ne m’avait pas attiré. Lorsque paraît le premier tome, Jodorowsky a conclu Avant l’Incal, sort du Lama Blanc sur lequel il a rencontré Georges Bess, est en passe d’achever Aleph-Thau et a entamé la grande saga des Meta-barons. Délaissant la SF et le fantastique, le chilien fou entame avec Juan Solo une œuvre personnelle en ce qu’elle fait suite au décès de son fils dont Bess prendra le visage pour le personnage de Juan. Tout à son extravagance, Jodo entame son récit sur une crucifixion prenant à témoin un dieu absent auquel on va rappeler la vie de violence et d’immoralité du personnage principal, Juan, orphelin doté d’une queue, trouvé dans une poubelle par une naine prostituée… Dès les premières pages, des monstres humains survivants à l’instinct face à une société sale, immorale, où l’homme est un loup pour l’homme. Dans ce cloaque comment condamner les agissements de celui qui passera sa vie comme petite frappe avant de montrer les échelons de la milice du ministre de cette dictature latino-américaine, pour finir dans un désert sur un destin christique? Les thématiques de Jodo sont toujours les mêmes et très puissantes dans l’absence de limites du scénariste qui n’oublie jamais d’introduire un Oedipe central qui relancera l’intrigue à mi-distance. Le sens narratif de Jodo allié à un maître de la mise en scène créent assurément une BD visuellement réussie, malgré une colorisation datée qui mériterait un coup de jeune. Il reste un personnage aucunement sympathique et qui n’est mu que par sa violence et sa détermination. Après être devenu le chef de la sécurité du puissant homme d’Etat en éliminant ses adversaires comme la loi de la rue l’exige, il va passer la belle vie avec une famille d’adoption avant la déchéance comme aime à les montrer Jodo. Les séquences seront choquantes pour les nouveaux venus, coutumière pour les lecteurs réguliers du créateur de l’Incal. Au-delà de la mise en scène léchée qui convoque les généraux, la révolte estudiantine liée à l’Histoire de l’Amérique latine et le christianisme païen spécifique du sous-continent, la série souffre d’un problème d’incarnation dont les précédentes œuvres du scénariste étaient protégées. Les parias du Lama blanc et d’Aleph Thau attiraient la sympathie du lecteur par leur misère initiale et leur héroïsme. Comme John Difool, Juan est lui plutôt répulsif, présenté comme un Scarface en survie parce qu’il n’attend rien d’autre de la vie qu’une jouissance sans fin et sans limite. Arrivé à l’acmé de ce que peut désirer un homme dans se monde immoral (une belle femme, un flingue et de l’argent), il va choir sans que l’on comprenne bien pourquoi hormis la sentence oedipienne qui peut sécher un être. Après une certaine linéarité que l’on rapprochera d’un Rio (bien plus complexe), Jodo s’enfonce dans une confusion où ses fantasmes prennent le pas sur le récit et où son dessinateur se trouve bien seul pour aligner les séquences. Si la puissance des visions, la symbolique extrême de l’auteur et la force des dessins parfaits de Bess font de ce Juan Solo une lecture de qualité, le sens de tout cela reste assez cryptique et pourrait résulter de l’opportunité sans idée. Il en découle un album surfait que bien d’autres des créations du chaman franco-chilien dépassent, y compris plus récemment. Lire sur le blog: https://etagereimaginaire.wordpress.com/2025/04/25/juan-solo/
Pas de scénario, malgré un bon dessin. Une caricature du genre qui met l’accent sur la violence et le sexe plus que sur le suspens…
Même avis que Sitae, graphiquement c'est plutôt joli mais c'est la foire à la violence et au cul gratuit sans aucun intérêt narratif