Est il encore besoin ici de présenter Riad Sattouf et son Arabe du futur ? Sattouf nous amène à travers son enfance entre la Bretagne, la Syrie et la Libye avec un mélange d’humour et de brutalité. Dès les premières pages, on est pris dans ce monde où le père, Abdel, prend toute la place, personnage complexe avec ses idées parfois progressistes, souvent rétrogrades, et cette obsession de faire de son fils “l’Arabe du futur”. C’est un récit autobiographique, mais ça ressemble plus à une épopée. Le choc des cultures est là, à chaque page, mais Sattouf ne tombe jamais dans le moralisme. Il nous balance les événements avec cette distance qu’il a su cultiver depuis l’enfance. Et c’est drôle, vraiment drôle, même quand ça parle de trucs affreux comme des exécutions publiques ou des gamins qui brûlent des chiens. Cette capacité à rendre légers des moments aussi durs, c’est ce qui fait toute la force de cette série. L’humour est partout, que ce soit dans les contradictions du père ou dans les décalages absurdes entre les visions françaises et arabes du monde. Et puis, il y a ces petites anecdotes qui nous rappellent que, derrière le tableau géopolitique, il y a la vie d’un enfant qui essaie de comprendre son père et les règles absurdes du monde qui l’entoure. Le trait de Sattouf est une épure qui ne se prend pas la tête, avec ces aplats de couleurs qui changent en fonction du pays. C’est simple, efficace, et ça colle parfaitement à l’histoire. Ce qui me bluffe vraiment ici est le décalage constant entre la France tranquille et les dictatures militaires où l’on pend les gens en pleine rue. Et pourtant, le tout reste léger, presque poétique par moments. Une vraie prouesse. La série ne faiblit pas, et à mesure que Riad grandit, la dynamique change. Ce n’est plus juste un gamin fasciné par son père, c’est un ado qui commence à comprendre que son modèle a des failles, des préjugés et des contradictions énormes. C’est là que la BD prend une tournure plus amère. On se rend compte que le père, qui rêvait d’un fils parfait, est lui-même prisonnier d’un idéal impossible. L’Arabe du futur, c’est un voyage entre deux mondes, deux cultures, mais surtout une sacrée histoire de famille. Pourquoi 4 et pas 5 ? Je rejoins Bamiléké sur un sujet qui m'a aussi interpelé, les adultes ne vieillissent pas en dessin, en particulier son père et je trouve que cela nuit un peu à la perception du temps qui passe et qui est important ici, parce que Riad, lui, grandit.
Belle intégrale de la grand-œuvre de Riad Sattouf. Recit marquant un tournant dans la création de l'auteur. Autobiographie géniale ou l'auteur retrace son histoire de la rencotre de ses parents a son arrivée dans l'âge adulte. Riad Sattouf nous raconte sa double culture, ses névroses avec un regard enfantin attachant et nostalgique. Un nouveau classique.