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L'avis de L'Etagère imaginaire

Profil de L'Etagère imaginaire
L'Etagère imaginaire
04 déc. 2023

Clair de Lune est une toute petite maison d’édition dont on voit régulièrement passer les publications sans trop savoir le niveau de qualité de leur catalogue. Principalement connu pour éditer la version BD du Donjon de Naheulbeuk, l’éditeur accorde une grand importance à la qualité graphique et reprend de bonnes séries à l’abandon comme Le monde de Maliang. Comme souvent dans les petites structures, le travail éditorial est bien plus important et parallèlement exigeant que dans les grosses maisons et permet de dénicher de vrais talents. En éditant le débutant Olivier Lubrano di Ciccone (LDC), Clair de Lune fait mouche et propose un plus qu’honnête récit de SF qui concurrence avantageusement les plus grandes saga de Delcourt-Soleil. Ce qui claque dès la première planche c’est la qualité des dessins et la précision technique de l’auteur. Dans un style entre Bedouel, Araujo et Darrow, on est clairement dans le haut niveau dans le trait comme dans la mise en couleur, appuyé sur une mise en scène ultra-cinématographique qui nous place dans d’excellentes dispositions. Mais l’on sait malheureusement que nombre de BD fort jolies s’effondrent assez vite dans les méandres de scénarii tarabiscotés. « LDC » évite cet écueil en ne cherchant pas la complexité narrative et en assumant une linéarité totalement pédagogique qui sait s’appuyer sur des dialogues qui évitent également la platitude. Soyons clair: on est dans de la grosse série B avec un héros badass et des personnages absolument archétypaux. On est venu pour des gros engins SF, de la baston trash, des bons mots et des grosses pétoires. L’auteur commence son histoire au milieu du récit puisque nous découvrons le héros alors qu’il commence juste sa mission test pour le recrutement dans la Cellule fantôme. Rapidement associé à une hackeuse de charme et de gros niveau, Cuervo va se retrouver confronté à des manifestations que le commun des mortels attribuerait à une irruption surnaturelle: une entité prend possession de corps humains dans une visée mystique de dominer la Terre sur des révérences bibliques claires. Et l’excellent apport de cette BD est sa gestion de l’élément fantastique qui, confronté au rationalisme endurci de ses héros et à la réalité technologique extrêmement poussée, rend crédible une alternative scientifique aux énormités qui nous sont dévoilées. Avec ce montage rapide qui ne s’encombre pas d’intermèdes et cette tension sur l’aspect fantastique ou ultra-techno de la série, l’auteur tient ainsi son lecteur en haleine jusqu’à la conclusion satisfaisante. On pointera quand-même un léger abus des envolées lyriques des méchants, qui restent néanmoins cohérentes avec l’histoire et leur caractérisation. Concentrant sa scène dans le huis-clos de souterrains, LDC nous régale la rétine sans fausse note et avec un travail de relecture remarquable que l’on aimerait trouver dans toutes les BD. Cerise sur le gâteau, il propose des designs sf très élégants et des références bibliques discrètes (comme cette structure autour de l’ascenseur spatial qui reprend l’iconique tableau de Brueghel). Avec les limites du genre et l’ambition mesurée d’un premier double-album on sent un auteur de grandes capacités capable de progresser sans bruler les étapes. Clairement (et intelligemment) construit comme une introduction à une potentielle série au long court, ce diptyque valide tout ce qui devrait permettre à la série de durer un certain temps, pour peu que les ventes suivent. Et je vous invite vivement à le découvrir pour permettre l’essor d’un auteur qui le mérite amplement. Lire sur le blog: https://etagereimaginaire.wordpress.com/2023/09/13/bd/

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