Le nouveau Duhamel est arrivé! Et c’est toujours un immense plaisir tant on a peu de doutes sur la qualité de ses productions, celles d’un auteur toujours en recherche de nouveauté et qui ne reproduit jamais les mêmes recettes. Centré sur des personnages de marginaux et d’exclus, Bruno Duhamel est un auteur profondément (et littéralement) humaniste. Ce qui ne l’empêche pas de garder cette méchanceté froide, jetant des personnages aigris et figés dans des combats légitimes mais alimentés par leur égoïsme. Cela crée une complexité pour un lecteur critique envers l’homme mais solidaire de la cause. Comme la vie, comme les hommes, jamais simple… Bruno Duhamel n’est pas commode avec ses personnages, dont il ne tarde pas à nous pointer les défauts et les rend souvent invivables pour leurs prochains. Des têtes à claque, des grosses têtes… qu’il parvient à nous rendre sympathiques par leur entièreté et leur détermination si humaines. Aussi bon scénariste que dessinateur et coloriste (il a publié l’an dernier en compagnie du dessinateur David Ratte le très bon Whisky), il excelle dans des dialogues saignants, incarnant la mauvaise humeur générale des habitants de cette campagne. Sous le vernis de la satire point une dépression qui habite toujours des personnages. Ici les deux anti-héros Léo et Gabriel. Chacun porte un rêve sympathique hormis qu’il repose sur le soutien logistique de la sœur et de la collègue. On notera que ce sont deux hommes qui s’appuient sur deux femmes sans véritablement s’assurer de leur accord. Pas de discours féministe à proprement parler, seulement une situation banale qui illustre la pertinence de l’analyse de l’auteur sur ses contemporains. Graphiquement on ne soulignera jamais assez la qualité de coloriste de Duhamel, qui se plait à détailler des décors naturels parcourus de biches ou de chasseurs. Les biches sont magnifique, les chasseurs cons comme une bite… Avec un chara-design à cheval entre le classicisme franco-belge et du semi-réalisme, il se cale entre la chronique sociale acide et la comédie populaire. Sous une intrigue assez légère et porté par l’heureux découpage en miroir de l’itinéraire de ses personnages, Le gout du métal ne sera pas le plus intense des projets de l’auteur de Jamais! mais garde une puissance d’écriture et une consistance des personnages qui maintiennent tout son travail dans le haut du panier. Une valeur sure. lire sur le blog: https://etagereimaginaire.wordpress.com/2026/04/24/le-gout-du-metal/