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Édito
par Thomas Mourier - le 24/02/2026
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par Thomas Mourier - le 24/02/2026

Effondrement programmé : comment la loi de finances pour 2026 menace l’industrie du livre et de la BD 

Dans un contexte de fermeture de librairies, de maisons d’éditions en difficultés et où 43 % des artistes auteurs sont sous le seuil de pauvreté, le gouvernement vient de promulguer sa loi de finances 2026 où la Culture et particulièrement le CNL subissent des coupes franches.

Depuis l’an dernier, les alertes, pétitions et prises de parole de la profession se font entendre face à la baisse annoncée des budgets pour le monde du livre dans le projet de loi de finances (PLF) 2026 qui a été promulguée ce 19 février 2026. Le réseau RELIEF qui rassemble des organisateurices de festivals et événements littéraires a lancé en janvier dernier une lettre ouverte sous forme de pétition à l’attention du gouvernement intitulée « politique du livre : l’effondrement programmé », un appel relayé par de nombreuses librairies et artistes. 

Visuel de la pétition du réseau RELIEF

En ouverture un constat alarmant : « Le projet de loi de finances (PLF) 2026 en cours d’examen prévoit, pour le livre et la lecture, une baisse drastique des moyens : 25 % de crédits en moins pour le livre et une nouvelle baisse de 15 % pour le Centre national du livre (CNL). » Peut-on lire dans ce texte qui alerte les pouvoirs publics. 

Dans la loi qui a été promulguée le 19 février 2026 (source), on voit que l’État semble maintenir l’équilibre entre ses budgets 2025 et 2026 entre l’autorisation d’engagement (AE) pour de futurs projets et l’argent disponible immédiatement en Crédits de paiement (CP). 

Avec 357 millions d’euros d’AE et 341 M€ de CP en 2026 (source annexe ÉTAT B
(Article 148 de la loi)
). En 2025 c’était 358 M€ d’AE et 351 M€ de CP (source annexe ÉTAT B (Article 139 de la loi)).  

Une apparente stabilité dans le budget global qui masque une baisse bien plus importante quand on cherche dans le détail de l’aide pour le Centre National du Livre (CNL) qui administre les prêts, bourses, avances et subventions pour les métiers du livre. 

-16%, une sévère baisse pour le CNL 

Dans le « Projet annuel de performances », une Annexe au projet de loi de finances pour 2026 qui donne le détail des financements, on voit qu’on passe de 26,6 millions d’euros d’autorisation d’engagement en 2025 à seulement 22,4 M€ en 2026. Et 26,6 M€ de Crédits de paiement en 2025 à 22,4 M€ en 2026. Une baisse significative de 4,3 millions d’euros pour le CNL qui doit pourtant conserver ses missions et objectifs avec un budget moindre.

Extrait du Projet annuel de performances

Avec cet écart de 4,3 millions d’euros le CNL va devoir revoir ses aides, bourses et arbitrages au risque de pénaliser les maisons d’éditions et auteurices d’albums audacieux, aux traductions risquées ou au albums patrimoniaux qui demandent du temps. 

Dans une interview pour France Culture, l’économiste et professeur en communication Louis Wiart, rappelle le double discours du gouvernement actuel sur la lecture : « Il y a une réelle dissonance : on dit que la lecture est essentielle, mais les arbitrages budgétaires disent l’inverse. » Moins 16 % pour le CNL, moins 25 % pour les crédits Livres-lecture en régions, baisse du pass culture des centres régionaux du livre fragilisés, parfois supprimés, des festivals, manifestations et librairies indépendantes : tous les secteurs sont touchés. » (source

Le pass Culture, mesure phare du gouvernement d’Emmanuel Macron est amputé de 43 millions d’euros dans cette loi de finances pour 2026 en sachant qu’entre 2024 et 2025, les crédits dédiés avaient déjà diminués de 20% (source ). De plus, le dispositif à été réformé pour passer de 300 € à 150 € par personnedans la partie individuelle, une coupe significative pour les jeunes et pour les libraires puisque les livres étaient la première dépense de ce pass : « entre 42 et 55 % des montants dépensés chaque trimestre concernent l’achat de livres » souligne un rapport de la Cour des comptes en 2024 (source).

 

50 % des régions, départements, communes et métropoles ont diminué leurs budgets

Mais ces coupes ne sont pas que nationales, mais concernent aussi les régions et collectivités locales. À titre d’exemple, en 2024, La présidente du Conseil régional, Christelle Morançais, a annoncé une coupe de 100 millions d’euros dans sa proposition de budget 2025 mettant en péril 150 000 emplois locaux et des dizaines de structures culturelles, sportives ou sociales. (source

Idem dans La région Grand Est où la région a réduit son budget de « 5 millions d’euros et projette de démanteler l’agence culturelle du Grand Est, située à Sélestat. Son budget de fonctionnement a été raboté de 63%. » (source

Dans un article de Sandrine Blanchard dans Le Monde en juillet 2025 (source) on peut lire que « Près de 50 % des régions, départements, communes et métropoles ont diminué, entre 2024 et 2025, leur budget consacré à la culture. Seuls 22 % l’ont augmenté. »

Illustration de Clémence Mira pour le Collectif Culture en lutte

Sur son site internet, l’Observatoire des politiques culturelles indique que « 2025 marque une rupture : la situation des collectivités territoriales et de leurs groupements s’est fortement dégradée, avec une tendance à la baisse budgétaire inédite par son ampleur. En particulier au niveau des régions et des départements. » (source)

Des coupes budgétaires qui interviennent dans un contexte d’élections à venir en 2026 et 2027 où certains établissements sont l’objet de menaces de la part de certain.e.s candidat.s à la mairie, comme la Maison de la bd à Blois (source). Signalons le cas du Festival Fumetti à Nantes qui a bouclé son édition 2025 sans les 18 000 € de subvention régionale (source) et qui a dû lancer une cagnotte en ligne, ou encore le Club Crayon, à Angers, qui a dû annuler sa 3e édition en juin dernier (source). 

Des auteurices toujours en attente d’un véritable statut 

À ces coupes budgétaires généralisées ou locales s’ajoute la précarité des auteurices dont le statut reste toujours en suspens malgré les rapports et mobilisations. En décembre dernier, le Sénat a rejeté la Proposition de loi visant à garantir la continuité des revenus des artistes auteurs (source) dans un contexte où les auteurices dépendent de plus en plus des festivals, événements et ateliers pour avoir un complément de revenus.  

« La précarité est profonde et croissante : seuls 109 000 artistes auteurs vivent principalement du droit d’auteur, et à peine 50 000 dépassent le seuil d’affiliation retraite (10 485 €/an)», sur une population de 329 068 artistes auteurs. «Plus de 60 % gagnent moins que le SMIC annuel et 43 % sont sous le seuil de pauvreté.» indiquent Soumya Bourouaha et Camille Galliard-Minier dans un rapport sur la mise en place d’une continuité de revenus pour les artistes auteurs, dans un communiqué de la Fédération des professionnels de l’art contemporain CIPAC. (source)

Photo DR : Formes des Luttes / continuite-revenus

Défavorable à la Proposition de loi visant à garantir la continuité des revenus des artistes auteurs, la ministre de la Culture Rachida Dati a indiqué avoir commandé une mission d’expertise « sur les enjeux de rémunération », « couverture sociale », « la gestion des aléas de rémunération » et « les risques de sortie de métier. » pour la fin du mois d’avril 2026. (source)

Le statut des artistes auteurs est renvoyé pour une énième mission de consultation alors que sur le site Continuité des Revenus, des collectifs d’auteurices rappellent que « La France accuse un retard inquiétant. Le Parlement européen a rappelé en 2023 que les artistes doivent, comme tous les travailleurs, bénéficier d’un salaire minimum, de congés payés, d’une protection contre les accidents du travail, de pensions contributives et d’allocations chômage. Plusieurs pays ont déjà avancé en ce sens : la Belgique a intégré les artistes dans l’assurance chômage. Rien ne justifie que la France reste à l’écart plus longtemps. »

Entre coupes budgétaires au niveau du ministère et des institutions, du désengagement des régions, la précarité des auteurices et les difficultés des professionnels de l’édition ou de la librairie, le secteur du livre fait face à un effondrement annoncé rappelé par plus de 200 auteurices, dans une tribune publiée sur Le Nouvel Obs (source) : « Le monde du livre vit sous la menace d’un effondrement de la bibliodiversité : les succès se concentrent sur quelques livres, la majorité des auteurs se paupérisent, les librairies indépendantes et la création littéraire sont menacées. » 


Photo de couverture : Bâtiment du ministère de la culture / photo de Mbzt en Creative Commons

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