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Incontournables
par Thomas Mourier - le 27/02/2026
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par Thomas Mourier - le 27/02/2026

« Je voulais vraiment travailler chaque planche comme des illustrations » Interview de Jade Khoo pour Terre ou Lune

Jade Khoo nous propose avec Terre ou Lune un des livres les plus excitants du moment, que ce soit à travers son univers graphique où la faune et la flore se disputent les incarnations légères du merveilleux et de la science-fiction ou à travers l’histoire à plusieurs niveaux qui se dévoile progressivement. Rencontre avec l’autrice pour parler de cet album hors-norme.

Quatre ans après son premier livre, Zoc, elle a troqué les outils numériques pour l’aquarelle et s’est lancée dans un gros projet de 500 pages, sur deux albums, autour d’un jeune ornithologiste, Othello, découvrant ses origines familiales complexes suite à un drame. Du crime initial va découler toute une série de révélations qui vont rythmer cette histoire qui commençait paisiblement dans la campagne la plus bucolique du système solaire. 

Avec Terre ou Lune, la dessinatrice nous offre une histoire qui prend son temps, entre le plaisir du dessin d’oiseaux, de forêts et de ciels, mais aussi avec sa narration à double détente qui, après une première partie centrée autour du drame familial qui touche Othello et de sa solitude dans ce centre pour jeunes délinquants, prend soudain un virage qui nous entraîne dans une saga de SF ambitieuse. Dans ce premier volume, Jade Khoo nous attrape avec cette histoire de culpabilité, de solitude et de quête d’identité qu’elle sublime avec cet univers qui nous donne la nostalgie d’un monde qu’on ne connaît pas.

Rares sont les livres dont on attend autant la suite tout en souhaitant laisser à l’autrice le plus de temps possible pour réaliser ses planches, tant elle perfectionne chaque page. Pour accompagner la sortie de ce livre, les éditions Morgen ont organisé une expo-vente de planches à la Galerie 9e art à Paris et quel plaisir de voir de près ces peintures pleines de détails et de beauté. 

J’en ai profité pour la questionner sur sa technique, ses méthodes de travail mais aussi sur les thématiques de l’album, sans tout dévoiler mais pour comprendre ce qui se cache derrière ce livre fantastique. 

Narration à double détente & mondes imaginaires 

Photo © VG

L’action démarre tout de suite, mais c’est vers le premier tiers du livre que l’on a des révélations, que l’on comprend vraiment le lien entre la Terre et la Lune. Comment tu as travaillé cette amorce pour nous garder captifs sans nous donner le cœur du livre au tout début ?

Jade Khoo : Je ne sais plus exactement, mais ce n’est pas quelque chose qui était là depuis le début. J’avais tous les éléments du scénario depuis longtemps, mais à la base ils étaient présentés de façon assez linéaire.

Dans l’une des premières versions, le contexte historique entre la Terre et la Lune devait être un énorme pavé de texte au tout début de l’histoire. Ça nous présentait la situation et après il se passait les évènements dans l’ordre… Mais j’ai fini par me dire que ça ne donnerait pas envie une BD dont la première page est un gros texte à lire. 

Je me suis dit que ça serait plus digeste de distiller les informations et qu’il n’était peut-être pas nécessaire de tout savoir d’emblée pour s’y retrouver dans l’histoire. En pensant aux scénarios qui m’ont marquée, je suis aussi arrivée à la conclusion que ça pouvait être plaisant pour les lecteurs de découvrir ça au fur et à mesure et d’être surpris par le contexte réel où se passe l’histoire au bout de quelques pages.

Je pensais par exemple au film Parasite de Bong Joon-ho, c’était cette impression qu’au début, bon, tu vois à peu près où ça va aller : il y a une famille qui s’introduit petit à petit chez cette autre famille… Mais dès le moment où il descend dans le bunker tu te rends compte qu’il y a encore toute autre chose, et c’est comme si l’univers s’élargissait d’un coup. Moi ça m’a vraiment transcendée et j’aime réellement cette sensation. Ça vient de là aussi.

©Jade Khoo / Morgen

Dans un autre registre, on a aussi cette sensation dans l’Attaque des Titans quand on comprend que leur monde n’est qu’un petit bout d’un monde plus grand dont on ne sait rien… Pour moi c’était un des passages les plus marquants, alors que ça n’est qu’une sorte d’entre-deux. Mais ça laisse à imaginer plein de choses.

Globalement j’adore les histoires où tu as l’impression de venir pour quelque chose et tu reçois quelque chose de totalement différent. C’est pour ça que je voulais que la quatrième de couverture ne parle pas du tout du contexte de l’histoire. Personnellement, je déteste le spoil et ça peut complètement me gâcher un livre ou un film.

Le fait que ce soit sous la forme d’une enquête où Otello va voir différentes personnes qui vont lui donner des bribes du passé de ses parents, c’est également arrivé dans un second temps. Je me souviens avoir lu Le Journal de mon père de Jirō Taniguchi pendant l’écriture de ce premier tome, et ça m’a donné l’idée de morceler cet aspect de l’histoire. 

Tu arrives à créer une nostalgie d’un monde qu’on ne connaît pas, en prenant le temps de dessiner des paysages, de nous offrir une immersion assez lente visuellement, alors que l’histoire démarre très fort. Comment tu as travaillé ces premières pages ? 

J. K. : Je ne sais pas trop. Mon premier livre Zoc était beaucoup plus contemplatif et c’est quelque chose que j’avais regretté après coup. J’aime bien dessiner des paysages, mais en relisant le livre après j’avais l’impression que c’était trop lent, trop gratuit. 

©Jade Khoo / Morgen

Pour Terre ou Lune, j’ai essayé de mieux équilibrer, mais à la fin de ce T1 je me dis que j’en ai encore trop mis. Il y a trop de cases où on voit juste des plantes et il n’y en a pas besoin. J’espère que ce n’est pas trop le cas, mais en tout cas c’est la sensation que ça me donne. 

Pour le T2, j’essaie d’accélérer le rythme encore plus, parce que je pense avoir tendance à faire des choses trop lentes. Mais d’un côté, n’avoir des pages avec trop de cases peut aussi être un problème… J’ai essayé de trouver un équilibre entre tous les aspects de l’histoire pour faire le rythme en conséquence. 

Justement, le plaisir du dessin, de dessiner la faune et la flore, c’est ce qui t’aide à construire le scénario parce que tu sais que tu vas t’offrir des sortes de respirations comme ça ?

J. K. : Oui ! C’est vrai que j’ai souvent hâte d’arriver au passage où je vais pouvoir passer du temps sur le dessin. Il y a des passages où je sais que le lecteur ne va quasiment pas regarder l’image et juste lire les bulles, évidemment les scènes de dialogues, celles-ci sont souvent moins amusantes à faire. Si je pouvais, je les laisserais en noir et blanc.

©Jade Khoo / Morgen

Il y a quand même des séquences qui sont plus tendues à faire que d’autres, où il faut être un peu plus pointu sur les expressions des personnages, sur les interactions, et cetera. Quand tu as de la nature, c’est que ça va être les vacances et j’ai hâte d’arriver à ces endroits-là.

Tu les fais dans l’ordre chronologique ? Tu ne te réserves pas aussi des passages que tu as envie de dessiner tel jour ou un autre ?

J. K. : Non, pas du tout. J’ai déjà  tendance à pas mal faire changer de tête mes personnages en fonction de mon humeur parce que j’ai beaucoup de mal à tenir un modèle. 

Je me suis dit qu’il ne valait mieux éviter même si la tentation de faire le premier chapitre en dernier était présente. J’aurais sans doute évolué dans ma façon de dessiner, il aurait peut-être été mieux, mais je pense qu’il y aurait eu un changement de style trop brutal. Ça aurait été perturbant, ce qui est moins le cas quand ça se fait au fur et à mesure.

Comment tu te prépares pour un nouveau livre ? Tu fais des recherches graphiques en parallèle du scénario ?

J. K. : J’avais fait quelques recherches pour les scènes clés, mais c’était vraiment très brouillon, des petits croquis assez schématiques très succinctement mis en couleur. C’était plutôt pour avoir une idée des caractéristiques principales des personnages ou de la forme des choses. Par exemple, le centre de tri à rapidement eu un air de raffinerie et Ange était avant tout blond et souriant.

Recherches de personnages / Illu personnelle de l’autrice ©Jade Khoo

Pour les lieux, la plupart étaient improvisés quand je les dessinais pour la première fois, et après j’essayais de garder une cohérence sur la suite. Parfois, je me rendais compte plusieurs pages plus loin que l’espace que j’étais en train de créer n’allait pas avec ce qu’il passait dans le scénario, ça m’a posé pas mal de problèmes.

Par contre, pour la maison d’Othello et ses parents, j’avais fait plusieurs dessins assez précis de l’endroit, et je pense qu’on sent qu’elle est moins « flottante » que d’autres espaces.

Quand j’ai eu fini mon découpage, Je suis allée aux planches assez vite et je faisais le gros des recherches de design petit à petit. Dès qu’un personnage secondaire allait apparaître, je le faisais juste avant la planche. J’aurais préféré pouvoir prendre plus de temps pour préparer ça en amont, mais avec la grosse pagination prévue il fallait se presser un peu.

Quand tu as écrit, tu as écrit le T1 et le T2 ? Tu avais une idée exacte de là où ça allait ou tu t’es concentrée sur le tome 1 ?

J. K. : Oui, j’avais écrit l’ensemble avant de commencer à dessiner, ça devait même être un seul livre à la base.  Sur le dossier que j’ai présenté à mon éditeur, il y avait écrit que ça serait un livre de 500 pages. Il m’a rapidement répondu « Alors, non… ». On en a discuté deux secondes et j’ai vite compris que ça serait une mauvaise idée pour plein de raisons : le livre pèserait une tonne, serait impossible à manipuler, coûterait très cher…

Il a proposé de couper en 3, mais je ne trouvais pas comment faire ça correctement sans modifier beaucoup le scénario et créer des cliffhangers artificiels pour donner envie d’aller au tome suivant. En 2 par contre ça semblait faisable sans rien toucher, alors on est parti sur ça, même si ça faisait toujours beaucoup de pages.

Pour la sortie du T1, tu as fait une bande-annonce. C’était déjà ton envie, comme tu travailles aussi dans l’animation en parallèle ?

J. K. : Je m’étais dit que je ne le ferais pas. J’en avais fait une pour Zoc, j’avais passé un mois dessus pour qu’au final ça ne bouge pas tant que ça, et ça ne durait qu’une petite minute.

Sur Terre ou Lune, j’avais en plus mon T2 à faire, mais les éditeurs m’ont demandé « Eh, mais d’ailleurs, comme tu fais de l’animation, tu ne voudrais pas faire ça ? ». C’était quand même tentant parce que c’est je n’avais pas fait d’animation depuis longtemps. Et puis, ça fait plaisir de voir ses personnages de BD bouger un peu avec du son, malgré tout…

Comme ils m’ont proposé un budget très raisonnable, j’ai décidé d’essayer de le faire quand même, sachant que ça me permettait de payer des gens correctement pour faire de l’animation, du compositing et la une musique originale. Seule, ça aurait été impossible.  

Ce n’était pas facile de jongler avec ça en ayant le T2 à continuer, car ça a quand même pris plus d’un mois de mon côté, mais c’était très cool, j’ai pu travailler avec des amis dont j’adore le travail et je suis très contente de ce qu’on a réussi à faire ensemble.

©Jade Khoo / Morgen

Tes deux livres présentent des personnages solitaires qui sont en rupture avec les adultes. Est-ce que ce sont des thématiques que tu as envie de creuser, c’est un motif particulier ? 

J. K. : Je ne sais pas si c’était vraiment une volonté, c’est peut-être plutôt un automatisme. Je pense aussi qu’il y a une facilité à avoir un personnage principal qui est un peu en décalage avec le reste. Les autres personnages vont rester au second plan, c’est peut-être moins compliqué à traiter. 

Je ne sais pas si je referai ça par la suite, je ne m’en suis pas rendu compte. C’est vrai qu’on me fait souvent la remarque que ce sont des personnages introvertis qui passent beaucoup de temps à se promener dans les champs en réfléchissant à des trucs… J’ai mes tocs, on va dire.

De l’écran à la peinture 

Après le dessin au numérique dans Zoc, tu t’es lancée dans l’aquarelle, comment tu as fait tes gammes ? 

J.K. : Pour Zoc, le choix du numérique était un choix pratique pour aller plus vite, à un moment où je ne faisais pas ça à plein temps. L’aquarelle est le médium que je préfère, donc je suis allée naturellement vers celui-ci quand j’en ai eu la possibilité. 

Mais c’était la première fois que je faisais une BD totalement à l’aquarelle, ce n’était pas pareil que de faire des illustrations indépendantes, alors au début c’était assez difficile.

J’avais fait trois planches tests pour mon dossier, mais je me suis lancée assez vite sans trop savoir ce que j’allais faire. Je n’avais pas testé tous les types d’ambiances avant, donc certains débuts de séquences pouvaient être stressants.

Quand c’était de la nature par exemple, j’avais déjà des gammes de couleurs en tête, c’était simple. Mais tout ce qui était le centre de tri, les intérieurs, la réserve, je ne savais jamais trop à quoi ça allait ressembler avant de le faire. 

Tu as mis en couleur chaque page, les unes après les autres, pourquoi tu n’as pas fait le dessin puis la couleur comme cela se fait habituellement ? Et combien de temps tu as mis avec cette technique ? 

J. K. : J’ai mis à peu près deux ans et demi. Oui c’était long, très long.

Photo de l’expo à la Galerie 9e art à Paris / Photo ©Thomas Mourier

À la base je voulais vraiment travailler chaque planche comme des illustrations, donc en faisant tout de A à Z à chaque fois. Mais ça voulait dire repartir chaque matin sur une feuille blanche… Et il y a des jours où on n’arrive pas à dessiner, et tant que je n’avais pas dessiné je ne pouvais pas faire la couleur, ça bloquait tout. C’était très stressant.

Pour le T2, tu changes de méthode ?

J. K. : Oui, cette fois je fais les choses dans l’ordre : crayonné, puis line, et cetera… Je sens déjà que ça se passe mieux pour moi. En faisant tout le crayonné d’un coup par exemple, je sens que je progresse plus nettement, car je me concentre uniquement là-dessus. Je deviens aussi plus efficace au fur et à mesure, puisque je ne fais que ça. J’espère que ça sera pareil pour la ligne et la couleur.

Dans l’expo on voyait tous les détails des planches et tu es allée vraiment loin. Pourquoi tu es allée à ce niveau de détail ?

J. K. : J’aime bien faire ça, et il y a aussi un choix de facilité parce que je ne maîtrise pas très bien toutes les techniques d’aquarelle, notamment le lavis. Enfin même pas du tout, honnêtement je n’arrive pas à faire un lavis propre sans taches. Et je me retrouve souvent à faire des détails juste pour les masquer.

Photo de l’expo à la Galerie 9e art à Paris / Photo ©Thomas Mourier

Outre le fait que je ne sais pas bien faire de lavis, j’ai utilisé surtout du papier d’entrée de gamme sur le premier tome. En plus, je l’utilisais au verso pour qu’il y ait moins de grain, donc ça ne buvait pas du tout, d’où les taches.

Les tâches ne sont pas un problème en soi, mais sur certaines cases elles peuvent rendre le dessin illisible en attirant l’oeil au mauvais endroit. 

Mais il y a aussi des effets de matière dans les ciels où tu rajoutes des motifs, il y a quand même une intention graphique ? 

J. K. : C’était aussi des essais de rendus pour donner des ciels plus riches. 

Quand on regarde un ciel de nuit, on a l’impression qu’il y a de la texture, comme du bruit, comme si on ressentait une partie des étoiles plus qu’on ne les voyait. Il y a aussi beaucoup de couleurs différentes. Un aplat simple ne retranscrit pas bien ça. 

Faire des hachures, c’était une manière de donner une impression de détail, de grésillement.

Quels sont tes outils ? 

Recherches de personnages / Illu personnelle de l’autrice ©Jade Khoo

J. K. : Je fais un crayonné au critérium avec une mine H. Pour le trait, j’ai testé plein de choses. J’ai commencé le T1 au stylo Bic, ce qui m’allait très bien, car on peut faire des épaisseurs et des opacités de ligne très variables avec un même stylo. L’ennui, c’était l’usure. Au bout de trois ou quatre pages, la bille s’abîme, et des petites taches d’encre épaisses commencent à apparaitre. En plus, elles ne sèchent pas vite, si je passais ma main dessus ça faisait une trainée d’encre indélébile ! Alors j’ai du abandonner le Bic.

Après, j’ai essayé le stylo-feutre fin. C’est pratique, mais ça fait une ligne très monotone, d’épaisseur assez égale, donc j’ai testé d’autres techniques, comme la plume sur certaines pages. Mais c’était trop long et les accidents étaient vite arrivés. J’ai même fait des planches juste au crayon où je repassais mon crayonné en appuyant plus, mais le rendu était un peu sale. Il y en a d’autres au pinceau, aussi…

Disons que la majorité c’est du stylo-feutre très fin. Je ne sais pas ce que je vais faire pour le T2, mais j’ai l’impression que je n’ai pas encore trouvé ce qui m’allait. 

Pour l’aquarelle, j’ai utilisé des pinceaux classiques, principalement de l’aquarelle en godet, occasionnellement de l’encre, de la gouache ou de l’aquarelle en tube.

La gouache, c’est pour les blancs surtout ?

©Jade Khoo / Morgen

J. K. : Parfois, je mélange l’aquarelle à de la la gouache blanche pour épaissir, par exemple si je veux corriger une erreur. J’évite autant que je peux car ça donne des couleurs plus ternes, et en plus la couleur change en séchant, ce qui est assez handicapant. Mais pour les bâtiments ça donne une texture plus opaque qui convient mieux que de l’aquarelle seule je trouve.

Également, si je veux faire des fleurs sur de l’herbe ou dans un champ, je vais souvent les rajouter à la gouache. Pareil pour certains nuages. 

Comment tu as travaillé les effets de reflet ? 

J. K. : Je superpose l’aquarelle comme pour faire les niveaux de transparence, mais c’est dur à expliquer. Ça prend beaucoup de temps, c’est un peu comme faire un trompe-l’œil. Je pense que ça prend plus de temps que ça en a l’air.

Pour les reflets sur des textures, les tuyaux du centre de tri étaient particulièrement compliqués je trouve. Il faut trouver un équilibre entre le rendu du métal qui renvoie la lumière et les couleurs qui se trouvent tout auteur, et une texture usée qui rend ça plus réaliste. En général, je fais d’abord les ombres en laissant des espaces pour la lumière, puis je viens rajouter des éclats plus clairs à la gouache et des petites marques d’usures au pinceau très fin dans un dernier temps.

Un défi scénaristique et graphique de 500 pages

Et pour la couverture, est-ce qu’il y a eu beaucoup d’essais ? 

Projet de couverture non retenu / Illu personnelle de l’autrice ©Jade Khoo

J. K. : La couverture définitive est une deuxième version de la page de présentation que j’avais faite pour présenter mon dossier. C’est une des premières images que j’ai faites pour le projet et elle n’était pas spécialement destinée à devenir la vraie couverture. 

Le temps a passé, je me suis dit qu’on verrait plus tard pour l’habillage. J’ai fait beaucoup d’essais une fois l’intérieur de la BD terminé. Je pense que j’ai fait une quinzaine de croquis, deux illustrations finies, on en était moyennement satisfaits avec les éditeurs. Aucune ne faisait clairement l’unanimité. 

Mes éditeurs m’ont proposé de reprendre la page de garde du dossier. Même si je l’aimais bien, elle avait pas mal vieilli et c’était un petit format, alors j’ai accepté à condition de la refaire. 

Je l’aime bien, mais je me demande toujours si mes deux essais précédents n’auraient pas finalement mieux représenté ce premier tome. Parce que le géant est assez anecdotique dans le T1, même si symboliquement il a un sens qui colle tout de même. 

Oui, c’était ma question suivante, il a une importance énorme ici.

J. K. : Il n’est pas si présent que ça, mais en même temps il représente bien Otello face à l’histoire de ses parents. C’est ce que le géant va représenter pour lui, donc ça fait sens aussi pour moi. 

En tout cas, elle est là et il a fallu choisir vite. À chaque fois, je suis étonnée de la vitesse à laquelle il faut faire tous ces choix une fois les planches finies, alors que ce sont des éléments très importants. C’est comme le fait d’écrire le remerciement, les vérifications finales avant l’envoi des fichiers à l’imprimeur…

Comment ça se passe avec tes éditeurs Thomas Ragon et Sullivan Rouaud ? Comment tu as bossé avec eux ? 

J. K. : Pour le T1, j’avais écrit le scénario avant qu’ils interviennent. Thomas mon éditeur avait lu la version abrégée qu’il y avait dans le dossier et qui était quand même un synopsis plutôt détaillé. Je crois qu’il ne m’avait rien dit à ce moment-là à part qu’il ne fallait pas faire un seul tome de 500 pages.

J’ai fait le découpage de tout le premier tome et c’est après ça qu’il m’a fait quelques retours. J’avais aussi plusieurs choses à modifier de mon côté. J’ai donc refait une passe de rajouts, de modifications de certaines séquences . Ça n’a pas été trop long. Comme je travaille sur papier (sur carnet), ce n’est pas si simple de modifier le storyboard. Par exemple, je ne peux pas juste interchanger des cases, en changer la taille, mettre des éléments en miroir… Alors ça m’arrangeait bien de ne pas avoir de corrections très lourdes.

Recherches de personnages / Illu personnelle de l’autrice ©Jade Khoo

Pour le T2, je crois que je n’ai quasiment rien eu à changer. Par contre, c’est vrai qu’il m’arrive souvent d’avoir des doutes et de leur demander leur avis sur telle ou telle chose. 

Tu as déjà commencé le T2, quel est l’horizon pour la sortie ?

J. K. : Il sortira en 2027, mais pour le moment je ne peux pas dire quand exactement. Je termine à peine le crayonné donc ça ne permet pas d’estimer précisément. J’essaie de me fixer la limite du début de l’été pour rendre les planches. Contrairement au T1, je suis à plein temps dessus donc ça accélère beaucoup les choses.

Révélation de ce début d’année, Terre ou Lune installe Jade Khoo comme une autrice incontournable. Rendez-vous l’an prochain pour la suite et fin, qui cache encore pas mal de mystères. Suivez les 🪶

Terre ou Lune de Jade Khoo, Morgen


Toutes les images sont ©Jade Khoo
Et les extraits du livre sont ©Jade Khoo / Morgen

©Jade Khoo / Morgen

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