

Harrouda, prostituée déchue, mendie dans le labyrinthe de Fès. Elle montre son sexe aux enfants, qui lui donnent en échange du sucre et des oranges. Elle peuple les rêves du narrateur, marquant les étapes de son adolescence. Harrouda est aussi, sur un plan mythique, maîtresse du destin de deux villes : Fès, lieu de la tradition, aujourd'hui médina éventrée pour laisser le passage à l'automobile ; Tanger - que Jean Genet nomme Tanger-la-Trahison -, nostalgique de l'époque internationale et qui se détruit dans les illusions de la luxure. Seul le fantastique est vrai dans cette histoire à rêver. C'est le rire d 'un conteur venu d'une autre durée : le Maroc. Baudoin, après Le Procès-Verbal de J.M.G. Le Clézio, nous fait voyager avec ses images entre les lignes du premier roman de Tahar Ben Jelloun.
I like short songs raconte la nuit sans retour de quatre paumés dans une petite ville de banlieue américaine. Un braquage raté, une beuverie dans un bar miteux, une fin de nuit dans un hall d'immeuble seront quelques unes des étapes de ce road movie sordide. Le dessin étouffant, noir et épais comme le pétrole d'Olive Booger sert une ambiance moite, chargée de sexualité perverse et frustrée. Son décor est celui des mythiques villes de province américaine, qui ressemble étrangement à la banlieue parisienne que connait bien l'auteur. Mais la principale qualité de Booger réside dans sa capacité à rendre crédible les situations les plus improbables, et à nous les faire ressentir parfaitement par son sens du détail et la justesse des dialogues. Une bd rock, brute, sans concessions. I like short songs, premier long récit de ce jeune auteur, prendra le lecteur aux tripes par ses personnages ambivalents, aussi touchants que déboussolés, décrits sans fards et avec une désarmante sincérité.
Ça va derrière ? est le reportage d'un trajet en voiture sur la route des vacances. Sur un sujet d'une banalité apparente, Oriane Lassus développe son sujet en explorant les infinis micro-événements qui parsèment ces parcours éprouvant pour la cellule familiale : jeux, engueulades, ennui, mal des transports... rien n'échappe à l'oeil vigilant et au sens de l'observation truculent de la jeune dessinatrice. Avec un dessin inventif et libre, Oriane laisse son trait envahir la page et raconter en déformant en maltraitant ses personnages, tout en gardant un réalisme quasi-documentaire des situations. Le voyage en voiture devient une plongée kafkaïenne angoissante et oppressante, un huis clos entre 4 portières et une famille de quatre personnes prête à se détester tout le temps que durera l'infernal trajet. Prière de bien accrocher son estomac.