
Mémoires de Gris est le dernier album de Sylvain Ferret. Un récit à priori, bien plus terre à terre que son ouvrage précédent : Talion. J'ai toujours gardé un certain intérêt pour le travail de Sylvain Ferret. Auteur talentueux et ambitieux, il se démarque aussi par une approche graphique caractérisée par une colorisation éclatante. C'est d'ailleurs la première chose qui détone avec Mémoires de Gris. La colorisation est plus classique, plus terne donnant à l'ensemble un côté froid, voire clinique qui d'une certaine façon correspond à l'ambiance souhaitée. Mais, on y perd un peu en folie. Pour le coup, c'est un comme si Sylvain Ferret avait mis de côté sa particularité. L'ensemble est maitrisé mais ne se démarque pas du lot. Le trait reste incisif, les décors sont fignolés mais je n'ai pas été aussi emporté que sur ces albums précédents. Mémoires de Gris se plante en plein Moyen-âge avec son lot de misère; de corruption politique et de mysticisme. Là aussi, on ne peut pas dire que la thématique brille par son originalité. Lier la violence des hommes à cette période est devenue une évidence qui frôle la caricature. Mais Sylvain Ferret est un malin et il se démarque en nous proposant en réalité une relecture ( à peine caché) de Robin des bois. Les noms sont différents, la tonalité se veut plus réaliste mais on retrouve les marqueurs de la légende. Robin des Bois devient Pierre de Brûme et Marion est une Marianne bien radicale. L'idée est séduisante surtout qu'elle est plutôt bien menée et que les personnages mis en scène, ont tous une approche intéressante, avec un principe simple : derrière la légende , se cache une réalité. Les mauvais et les gentils n'étant pas ceux que l'on croit ! Il est juste dommage que la partie fantastique vienne parasiter le récit. On se demande même l'utilité d'un tel rajout tant on aurait pu l'enlever sans que cela n'enlève quoique ce soit à l'histoire. il aurait été préférable à l'inverse de peaufiner un peu plus la caractérisation de certains personnages, permettant de mieux appréhender tel ou tel comportement. Par exemple, l'attitude de Marion m'a paru, à de nombreuses fois, assez incompréhensible .. C'est dommage mais ça montre, une nouvelle fois, une des grandes faiblesse de Sylvain Ferret qui, très souvent, veut trop en faire. Généreux à l'excès; il doit apprendre à resserrer son intrigue et accorder une plus grande importance à son rythme. En définitif, je ressors un peu déçu par Mémoires de Gris. Si le récit et le dessin de Sylvain Ferret n'est pas dénué de nombreuses qualités, il lui manque encore ce petit grain de folie pour nous happer totalement.