

Lou Lubie encore une fois, vulgarise de belle manière un sujet un peu à la mode: Les Hauts potentiels Intellectuels et leur difficultés à s'adapter à la société. On comprend que ce qu'on peut penser être un avantage peut vite se révéler être une difficulté vis à vis des autres.
Encore une victoire de Lou Lubie. J'attends avec impatience chaque nouvel ouvrage de cette jeune auteure plein de talent et encore une fois, je ne suis pas déçue. J'ai été à nouveau conquise par l'approche d'un autre sujet encore peu vulgarité mais ici bien illustré et expliqué.
Au terme d'une vie passée à voler, tromper et tuer, Kriss de Valnor meurt dans un acte de bravoure et de bonté. Les Walkyries ne savent quel destin lui réserver : le Walhalla, paradis des guerriers, ou l'errance éternelle dans les brumes glaciales du Niflheim ? La farouche combattante doit maintenant plaider sa cause devant la déesse Freyja. Pour cela, il lui faut se souvenir de l'enfant qu'elle était, des premiers coups subis. et rendus ! C'est une histoire dure que nous content Yves Sente et Giulio De Vita, lequel honore avec maestria le privilège d'être le premier dessinateur invité dans Les Mondes de Thorgal. Son talent pour les décors confère d'emblée une dimension mythique à ce récit qui nous ouvre les portes d'Asgard. Superbement servi par un découpage bien pensé, donnant au lecteur autant de respirations que de pépites graphiques, le dessinateur de Wisher a toute latitude pour nous offrir de véritables tableaux. Son autre grande force réside dans l'émotion qu'il sait faire exprimer par les visages. Les sentiments sont en effet au coeur de ce récit ambigu qui voit le narrateur se faire l'avocat de la belle amazone, au dossier si lourd, mais tellement émouvante. Puisqu'il a choisi le procès comme fil conducteur de ce diptyque, le scénariste interroge directement la notion de Justice. Une enfance digne des romans de Zola peut-elle excuser une inextinguible soif de sang ? Doit-on condamner le passé ou choisir de donner une chance à l'avenir ? Autant de questions auxquelles Freyja doit maintenant répondre, laissant le lecteur suspendu à son verdict. Kriss de Valnor dans la série Thorgal À tout seigneur, tout honneur ! Si Kriss de Valnor n'a que brièvement été reine dans les pages de la série, elle n'en reste pas moins souveraine dans le coeur des centaines de milliers de lecteurs de Thorgal. Retour sur le parcours d'un des personnages les plus ambigus, et les plus beaux, de la bande dessinée... Lorsque Thorgal et ses compagnons rencontrent Kriss de Valnor pour la première fois, la belle jeune femme est en bien mauvaise posture, prisonnière de brigands qui n'ont pas hésité à abuser d'elle. Une fois délivrée, elle prouve sur-le-champ qu'elle n'a rien d'une demoiselle en détresse, exécutant froidement ses ravisseurs ! Elle participe ensuite au côté de Thorgal, à un concours de tir à l'arc où elle préfère dérober le prix, causant la perte de son seul ami. Kriss est ainsi faite : en dépit des sentiments qu'elle éprouve pour Thorgal, elle est avant tout individualiste, manipulatrice. Blessée par les hommes à maintes reprises, elle ne leur accorde aucune confiance et ne laisse jamais ses émotions barrer la route de ses ambitions. Sa seule peur est de vieillir et de perdre ses charmes, une arme encore bien plus redoutable que ses flèches. Elle obtiendra finalement ce qu'elle espérait de Thorgal, en profitant d'une amnésie temporaire de ce dernier. Lorsqu'il s'éveillera, il sera devenu Shaïgan-sans-merci, cruel seigneur pirate régnant aux côtés de « sa femme ». Mais, l'illusion ne durera guère ! Kriss, furieuse et blessée dans son amour-propre ne réussira pas à prendre le contrôle des pirates. Elle sera vendue comme esclave dans une mine où, à force de cruauté, elle passera du rang de victime à celui de bourreau. Ses retrouvailles avec nos héros s'accompagneront d'une révélation de taille : elle est à présent mère d'un petit Aniel qu'elle a conçu avec Thorgal durant l'amnésie de celui-ci. Néanmoins, elle aura clairement changé, au point de se sacrifier pour donner une chance de fuite à ses compagnons d'infortune et pour que vive son fils. Une fin aussi ambiguë que sa vie, qui fera dire à Thorgal que « sa disparition laisse un vide étrange ». Epitaphe ? C'est maintenant à Freyja d'en décider... Les Mondes de Thorgal Loin d'être un one-shot sans lendemain, Kriss de Valnor est la première partie émergée de l'iceberg colossal que sera Les Mondes Thorgal.
Manu Larcenet s'attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d'oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l'auteur de Blast et du Combat ordinaire s'empare du texte, c'est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique. Des pages d'une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent. Un très grand livre.
Marco a quitté Vélizy pour la campagne. Il a quitté son psy parce qu'il trouve qu'il va mieux. Il a quitté son boulot de reporter parce qu'il en a marre de photographier des cadavres exotiques ou des gens en passe de le devenir. À part ça, tout va bien. Il a un frère complice (rigolades et gros pétards) qui l'appelle Georges et réciproquement, à cause de John Malkovich qui disait dans Des souris et des hommes : J'aurai un petit lapin et je l'appellerai Georges, et je le garderai contre mon coeur. Il a des parents au bord de la mer. Un papa tout ratatiné qui oublie le présent mais se rappelle très bien la couleur de la robe de sa mère le jour de son mariage. Une maman qui s'inquiète pour lui, sa constipation, son avenir et le cancer du poumon qu'il va sûrement choper, comme le fils de Mme Bergerin. Après une virée affectueuse (et éprouvante) chez les parents, il retrouve le silence de sa petite maison dans la verdure, et son chat (baptisé Adolf en raison d'un caractère affirmé), qui se fait charcuter par le gros chien d'un sale con de chasseur. À cette occasion, il rencontre Émilie, vétérinaire de son état, et un chouette petit vieux qui ramasse des mûres. Ça lui fait un amour et un ami. Mais voilà que tout se déglingue : Emilie se met à vouloir des choses angoissantes (partager avec lui une maison et un bébé), et le passé dégoûtant du gentil petit vieux émerge brutalement. Marco craque. Et puis, la cruauté et la connerie achevant de détruire son monde, il touche le fond. Ce qui lui permet de remonter. J'ai encore pas mal de choses à éclaircir si je ne veux pas être réincarné en plaque d'égout, disait-il en évoquant ses rapports délicats avec les femmes. Il évitera la plaque d'égout : il fera juste ce qu'il faut pour retrouver Émilie. C'est l'histoire d'un photographe fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales et d'un chat pénible, écrit Larcenet. C'est aussi un scénario parfaitement maîtrisé, drôle de cette drôlerie complice qui évite l'ironie et tendre, en totale osmose avec un dessin hypersensible au bonheur et à la détresse. (Sans parler du chat ou d'Emilie, le moindre canapé est craquant.) Le combat ordinaire, histoire légère et bouleversante d'une renaissance, est l'album le plus personnel de Larcenet, et le meilleur en attendant le suivant.