

Contrairement à l'impression suggérée par son titre, Le Journal de mon père n'est pas un récit autobiographique. Jirô Taniguchi a simplement «planté» son scénario à Tottori, sa ville natale, où il a tant de repères et de souvenirs. Le héros de cette histoire s'appelle Yoichi Yamashita et travaille à Tokyo dans une agence de design. Apprenant la mort de son père, il revient après une très longue absence à Tottori, la ville qui l'a vu grandir. Au cours d'une veillée funèbre très arrosée, le passé des années 50 et 60 ressurgit : l'incendie qui a ravagé la ville et la maison familiale, le dur labeur pour la reconstruction, le divorce de ses parents, ses souffrances d'enfant. Lors de cette veillée, chaque membre de la famille apporte un éclairage nouveau sur la personnalité de ce père que Yoichi tenait jusque-là pour responsable du désastre familial. Le fils réalise finalement, mais trop tard, qu'il a sans doute été le seul responsable de leur douloureuse incompréhension.
Le Japon, dans les années 1970... Élevés par un éminent politicien conservateur, Yoko Sakaki et son frère adoptif Tatsuo sont liés par un attachement mutuel dont la profondeur est égale à celle du gouffre qui les sépare en matière d'opinions. Alors que les révoltes étudiantes et les protestations sociales atteignent leur point culminant partout dans le monde, les deux protagonistes s'engagent chacun de leur côté sur des voies radicalement opposées : Yoko emboîte le pas des révolutionnaires, tandis que Tatsuo choisit de suivre ceux de son père... C'est avec un grand plaisir que nous retrouvons Kaiji Kawaguchi au sein de notre catalogue, à travers une autre oeuvre culte de son répertoire. Après Cocoro et sa collaboration avec Nobuyuki Fukumoto, à l'origine de Seizon Life et Confession, l'auteur signe ici un récit haletant, ancré dans un contexte de tensions politiques et de protestations sociales. La série met en scène un frère et une soeur aux convictions radicalement opposées. Malgré l'attachement profond qui les unit, le fossé idéologique se creuse inexorablement. Kawaguchi explore cette fracture avec finesse, construisant une lutte de valeurs où s'entremêlent engagements, revendications et émotions humaines. Un conflit qui gagne peu à peu en ampleur et résonne avec des problématiques toujours brûlantes dans nos sociétés contemporaines.
Dernière création de Jirô Taniguchi, cette bande dessinée en couleurs occupe une place à part dans l'oeuvre du maître. Suite au divorce de ses parents et à la maladie de sa mère, Wataru est accueilli par ses grands-parents. Pour le jeune garçon tokyoïte, cette nouvelle vie à la campagne est un bouleversement. Il découvre sa nouvelle école, son nouvel environnement. La forêt en particulier l'impressionne et semble lui communiquer une force presque surnaturelle, venue du fonds des âges. Lorsqu'il devra faire ses preuves face au groupe d'enfants qui le mettent au défi, c'est d'elle que lui viendra un courage intérieur qui lui était inconnu. Les pages en couleurs et à l'italienne de Jirô Taniguchi nous invitent à la contemplation de cette nature séculaire. Elles seront complétées d'un entretien poussé avec l'éditeur japonais de Jirô Taniguchi et du matériel inédit provenant des carnets personnels de l'auteur .