

Une carrière de dessinateur de presse se termine doucement. Quoique ! J'arrive encore à tenir un crayon et je ne me suis toujours pas inscrit à Exit. D'ailleurs, je me sens au faîte de mes facultés. Comme Biden avant qu'il ne se présente pour un second mandat. Mais qu'est-ce qu'une carrière, dans un métier qui ne se plaît qu'à pagayer dans le yaourt du présent et à se perdre dans l'écume du plus-important-aujourd'hui-que-demain ? En allant fureter dans mes souvenirs et mes dessins passés, je suis pourtant revenu avec cet album collectant le meilleur de près de quarante ans de cartoons. On pourra ainsi suivre le trajet du jeune caricaturiste amusé que j'étais jusqu'au cynique un peu désabusé que je suis devenu. Et, qui sait, retrouver parfois les traces de vieux sourires effacés. On y rencontrera aussi l'Histoire parfois, avec ses bonheurs et ses tragédies. Mais toujours tamisée par ce besoin viscéral de ne pas se laisser submerger que l'on nomme humour.
« La Beauté sauvera le monde ! » C’est le récit de l’itinéraire peu commun d’une autrice peu commune, qui est parvenue à associer intelligemment son goût pour les arts graphiques, la littérature et la nature. Au point d’être la première représentante de la bande dessinée à revêtir le bel habit vert sous les ors de la coupole de l’Académie des Beaux-Arts. Et c’est avec grande énergie, sincérité et humour qu’elle se confie à Thierry Groensteen sur son parcours, son lien profond avec la nature et sa passion pour ceux qu’elle appelle affectueusement ses « hommes de lettres » et tous ses maîtres en dessin, mais aussi son goût pour les comédies musicales et les arts visuels. Ainsi, avec son aisance coutumière, elle se confie sur son rapport à l’art et aux musées, convoquant tour à tour Proust et Natsume Soseki, Claire Bretécher et ses camarades de Charlie hebdo, Delacroix et Géricault mais aussi Hockney et Rothko. Elle se confie sur sa quête de Beauté pour se sauver de la barbarie qui a croisé soudainement son chemin, et achève d’évoquer son panthéon par le philosophe et naturaliste américain Henry Thoreau, grande figure de l’écologie à qui elle consacre son dernier ouvrage en date. Convaincue que la Beauté sauvera le monde, à coup sûr, Catherine Meurisse réalise le grand écart sur le pont des Arts ; suivons la dans cette vive farandole.
La première aventure de Tintin en couleurs. Tintin au pays des Soviets reste le seul album de Tintin uniquement disponible à ce jour dans sa version noir et blanc. Créée en 1929 et restée introuvable en librairie jusqu'en 1973, cette première grande histoire marque la naissance de Tintin. C'est avec un plaisir presque enfantin, guidé par l'esprit du jeu et le désir de vitesse qu'Hergé s'adresse au lecteur dans cette course-poursuite où avions, voitures, trains, hors-bords et motos ! lent à toute allure. Si le dessin ne s'inscrit pas encore dans la perfection du style « ligne claire », le jeune auteur de 21 ans démontre déjà son habileté de romancier en images. Le sens dynamique du mouvement, la maîtrise de l'enchaînement des plans et la construction des pages expriment ce talent de raconter par l'image qui fera d'Hergé un grand maître