
Début février, dans cet article, je soulignais les partenariats problématiques avec Amazon (via Kindle ou Audible) ou encore McDonald qui ont pignon sur rue au Festival du livre de Paris. Ces entreprises, à l’invitation du Syndicat national de l’édition (SNE) qui organise l’événement via sa filiale Paris Livres Evénements sont présentes depuis plus de 10 ans (source) mais cette fois, Amazon s’affiche comme «partenaire officiel ».
Depuis, plusieurs libraires dénoncent ce partenariat et s’organisent pour boycotter l’événement. Jusqu’à lundi 2 mars où le Syndicat de la librairie française publie un communiqué où il indique ne pas participer à cette édition prévue les 17, 18 & 19 avril 2026 et «incite tous les libraires, professionnels du livre et lecteurs sensibles à la préservation du livre et de son économie à en faire de même.» (source)
L’Association internationale des libraires francophones (AILF) communique à sa suite, le 3 mars, pour «exprimer son indignation face au partenariat noué entre le Festival du Livre de Paris et Amazon.» (source)
Annulation du partenariat
Mercredi 4 mars, un nouveau communiqué de presse du Syndicat de la librairie française annonce l’annulation du partenariat entre le Festival du livre et Amazon. (source)
Pour revenir sur cette polémique et cette annulation, le directeur du Festival Pierre-Yves Bérenguer explique à la journaliste Elise Lépine dans Le Point que « la crispation porte essentiellement sur le terme “partenaire officiel”. Il précise que Kindle et Audible ne sont pas des partenaires dits “premium” – contrairement à la région Île-de-France, par exemple – mais des partenaires “officiels.”, ce qui implique un logo sur l’affiche.» (source)
Pourtant le communiqué de presse du Syndicat de la librairie française précise que ce n’est pas spécialement une histoire de logo «Amazon n’est pas un ami du livre. Il constitue, par sa puissance et ses visées prédatrices et hégémoniques, un risque majeur pour les auteurs et autrices, les éditeurs, éditrices et les libraires. La création et le développement de la lecture ont tout à perdre à voir cet acteur étendre son emprise.» (source)
L’Association internationale des libraires francophones souligne aussi dans son propre communiqué : «L’opinion publique doit être pleinement informée des risques que représente un modèle fondé sur la rapidité et la standardisation comme celui d’Amazon : affaiblissement de la chaîne du livre en France et à l’international, marginalisation des librairies de proximité, prolifération de faux livres générés par intelligence artificielle.» (source)

Côté Amazon, un communiqué signé «porte-parole d’Amazon» indique «Nous regrettons profondément cette manœuvre partisane du SLF qui, en s’appuyant sur des allégations infondées et trompeuses, confisque l’événement à son profit et le détourne de sa légitime ambition – à savoir la célébration de la lecture, des lecteurs et des auteurs.
Pour éviter de contribuer à cette polémique absurde, Amazon a décidé, d’un commun accord avec le Festival du Livre de Paris, de se retirer de cette édition. Dans un pays où plus de 90% des communes n’ont pas de librairies, la lecture ne devrait pas être instrumentalisée mais devrait au contraire rassembler tous les acteurs de la filière au service de tous les lecteurs, qu’ils résident en ville ou en zone rurale. Soutenir la lecture pour tous n’a jamais été aussi important, et Amazon reste pleinement mobilisée en ce sens.» (source)
Un «porte-parole d’Amazon» anonyme alors que le lancement du partenariat était signé Frédéric Duval, directeur général d’Amazon.fr (source), no comment. Et surtout, un communiqué qui accuse le Syndicat de la librairie française de “confisque[r] l’événement à son profit et le détourne de sa légitime ambition» : une posture qui souligne l’incompréhension et l’incapacité d’Amazon de dialoguer avec cet écosystème du livre qu’elle prétend servir.
Comme pour le festival de la BD d’Angoulême, les efforts collectifs portent leurs fruits et montrent qu’aucun événement ne peut se passer des acteurs essentiels que sont les artistes ou les libraires. Mais combien de temps encore, les grands groupes, le Syndicat national de l’édition, ou les institutions pourront-ils ignorer les contradictions entre leurs discours en faveur du livre et leurs partenariats qui fragilisent le plus son écosystème ?
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Visuel principal : © Festival du Livre de Paris / François Schuiten / Laurent Durieux








