Alors que 2026 a été privé de Festival international de la BD d’Angoulême (FIBD), mais pas de festivités (lire notre reportage ici à Angoulême et Paris), le Festival du Livre de Paris qui se tient tous les printemps depuis 1981 à Paris, propose un focus sur la bande dessinée. Mais aussi une thématique principale autour des voyages au sens large. À voir comment les deux cohabitent et quelle sera la place des expositions et rencontres dédiées à la bande dessinée en marge des dédicaces et de l’espace de vente.
Nouveauté, une nocturne sera proposée au public le vendredi soir, et côté annonces, pour le moment, Ugo Bienvenu, Zep et François Schuiten qui réalise l’affiche de cette édition sont annoncés aux côtés d’auteurices de littérature.
La bande dessinée à l’honneur, loin d’être un hasard
Pour comprendre ce choix, il faut savoir que cette édition du Festival du Livre de Paris (anciennement Livre Paris et encore avant Salon du livre de Paris) a été créée par le Syndicat national de l’édition (SNE), représentant les groupes d’éditions et grosses maisons, qui était une des parties prenantes du bras de fer autour du FIBD.

A sa tête, le PDG de Média-Participations, Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition depuis 2012, qui dirige également le plus grand groupe d’édition pour la bande dessinée avec les maisons Dargaud, Le Lombard, Dupuis, Urban Comics, Kana… parmi les 65 entreprises de la holding qui possède aussi des maisons d’édition historiques pour la littérature, la vie pratique, la presse…
Pas question d’une année blanche pour les grands groupes qui vont investir le Festival du Livre de Paris en l’absence de FIBD, même si on espère que le SNE prendra en compte les leçons d’Angoulême et fera en sorte que les maisons d’édition plus petites et les auteurices soient aussi à la fête.
Car si le FIBD était dans le dispositif pilote développé par la Sofia, avec les festivals, les éditeurs présents sur ces festivals, le CNL, les DRAC, pour les rémunérations en dédicace, le Festival du Livre de Paris n’indemnise pas les auteurices en dédicace pour le moment. En marge des problématiques de l’organisation du FIBD, c’est aussi le statut des auteurices, leurs rémunérations et leur place dans les festivals qui a été au centre du débat, et si la BD est à l’honneur du Festival du Livre de Paris, on espère que les rencontres, débats et propositions seront à la hauteur de ces questions.
Un partenariat avec Quick à Angoulême, un partenariat avec Mc Donald à Paris
Une des annonces qui avait surpris et qui avait contribué à dégrader l’image du FIBD était le partenariat avec la chaîne de fast-food Quick en 2024 [lire l’édito autour de cette annonce ici].
Au Festival du Livre de Paris, c’est McDonald’s qui a eu un corner pendant 5 éditions, donnant lieu à des pancartes ludiques de certains stands « Un livre acheté, un kebab offert » ou des prises de positions claires comme Marie Desplechin qui a annulé sa participation aux rencontres Salon du livre jeunesse de Montreuil en 2018 à cause de la présence de McDonald’s : « On se construit dans l’enfance, justifie-t-elle, et tous ceux qui participent à cette construction sont contraints à la responsabilité. Ceux qui travaillent pour et avec les livres pour la jeunesse font des choix et affirment des convictions sociales, politiques, écologiques, esthétiques. Ils sont à leur échelle responsable des enfants du monde qui vient. » (source)
On ne sait pas encore pour cette année, mais ce sont des partenariats à double tranchant avec cette promotion de la malbouffe quand on sait que les enfants sont la cible principale des campagnes marketing des industriels.
« Les géants de la malbouffe n’hésitent pas à élaborer des stratégies à la limite de la manipulation afin de s’immiscer au sein des familles et saper les efforts d’éducation alimentaire des parents impuissants face à ces techniques marketing agressives. C’est totalement immoral et irresponsable quand on voit les conséquences de la malbouffe sur la santé des plus jeunes aujourd’hui et pour leur futur. »
Audrey Morice Chargée de campagnes foodwatch France
Selon une étude commandée par Santé publique France, 1 enfant sur 6 est en surpoids ou obèse en France. Un·e adolescent·e obèse a 50 à 70% de probabilités de le rester à l’âge adulte. En 2023, un collectif de scientifiques et de responsables associatifs avait envoyé une tribune « Il faut mettre fin au matraquage publicitaire des industriels de la malbouffe sur nos enfants ! » où il précisaient « […] les jeunes n’ont pas la maturité cognitive pour contrer ces messages, bien rôdés et sournois ; difficile pour eux de résister à ce matraquage qui les mène inéluctablement à de mauvaises habitudes alimentaires. Pour les industriels, un consommateur acquis au plus jeune âge n’a pas de prix. »
Amazon, Kindle et Audible à la table
Autre partenaire qui soulève quelques questionnements, le géant Amazon sert habituellement de repoussoir et de bête noire pour le monde du livre quand il est question de frais de port ou de sauvegarde de la librairie, mais devient mystérieusement un partenaire de choix pour le plus grand salon du livre français.
Et en 2026, on ne peut pas être le Syndicat national de l’édition en oubliant les libraires indépendants le temps d’un festival pour laisser un corner Amazon chaque année. Idem pour les maisons d’édition qui rappellent les différentes problématiques autour des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, et Microsoft) comme dans la tribune Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon de 2020 signée par plus 80 maisons d’édition.
« Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Les librairies sont des lieux de rencontre, d’échange critique, de débat, de proximité. Un livre doit pouvoir être défendu auprès de ses lecteurs·rices par un·e libraire, un·e éditeur·rice, un·e auteur·rice et ne pas être invisibilisé par les “meilleures ventes du moment”. Nous ne voulons pas remplacer les conseils d’un·e libraire par ceux d’un algorithme, ni collaborer à un système qui met en danger la chaîne du livre par une concurrence féroce et déloyale. »
Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon
On suivra les prochaines annonces ici quand la programmation sera dévoilée et rendez-vous les 17, 18 & 19 Avril 2026 au Grand Palais à Paris pour ce Festival du Livre de Paris.
Image principale : © Festival du Livre de Paris / François Schuiten









