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par Léonard Fougère - le 22/07/2022
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par Léonard Fougère - le 22/07/2022

Mémé dans les orties, quand les anciens ne manquent pas de piquant

Adapté du roman éponyme d’Aurélie Valognes, Mémé dans les Orties nous plonge dans des conflits de voisinage d’une manière légère et touchante pour aborder des thèmes bien plus lourds.

Au 8 rue Bonaparte se trouve une résidence paisible et sans histoire où logent principalement des personnes âgées. Monsieur Brun est l’une d’entre elles, avec pour seule compagnie sa grande chienne Daisy à laquelle il tient comme la prunelle de ses yeux. Mais monsieur Brun est plutôt bougon, il apprécie la solitude et se montre aigri avec son voisinage. Dire qu’ils le détestent tous serait un euphémisme, surtout concernant la concierge Suarez, véritable commère.

Que va-t-il advenir de ce vieil homme solitaire si sa dernière famille venait à disparaître ? C’est tout là le point départ de cette histoire touchante mais tendre.

 Du roman à la bande dessinée

Mémé dans les Orties est d’abord un roman écrit par Aurélie Valognes, paru une première fois en 2014 en auto-édition avant de ressortir en édition poche en 2016. Véritable best-seller qui aura révélé l’autrice, l’œuvre est désormais revisitée en bande dessinée chez Michel Lafon. Toujours basé sur l’histoire imaginée par Aurélie Valognes, c’est Véronique Grisseaux qui s’est chargée de l’écriture de cette adaptation, joliment illustrée par Christine Davenier

L’appellation de roman graphique ici ne serait d’ailleurs pas volée tant le titre emprunte à ses deux formats. Le découpage se veut minimaliste, dépourvu de cases, offrant une lecture aérée. Le récit est découpé en plusieurs chapitres, à l’identique du roman à quelques exceptions près, portant sur une scène de vie différente de ce ronchon de monsieur Brun et du voisinage. 

Un narrateur se présente occasionnellement pour poser le contexte du récit, rappelant la touche romancée de l’œuvre. Les décors sont discrets mais suffisent à induire où se déroule l’action, et laissent la place aux personnages. Surtout avec la patte de Christine Davenier qui apporte de la vivacité à ses designs. Si son style à main levée apparaît simpliste par moments, l’abondance de ses traits parvient tout de même à apporter une grande expressivité. La colorisation se veut quant à elle plus sensible, jouant sur les palettes pour transmettre les émotions des protagonistes. L’ensemble donne un titre visuellement doux, tantôt chatoyant et tantôt plus morne. 

De la morosité au feel good

© Véronique Grisseaux / Christine Davenier / Michel Lafon

L’appellation « aigre-douce » convient parfaitement à cette histoire qui développe ces deux facettes. Aigre parce qu’elle montre la solitude et la tristesse d’un vieil homme lassé de la vie et accablé par la coquille dans laquelle il s’est enfermé depuis toujours. Douce puisqu’elle montre comment, par des heureux hasards et un soupçon de bienveillance, des nouvelles têtes dans son entourage viendront briser cette carapace. 

Outre le triste monsieur Brun et la tyrannique madame Suarez, le récit peut compter sur la folle énergie de Juliette, la nouvelle petite voisine espiègle. Ainsi que sur la bonne humeur de madame Claudel, avocate aventureuse à la retraite qui semble être la dernière voisine à ne pas avoir succombé au matraquage généralisé contre le protagoniste. 

On peut imaginer avoir d’un côté les gentils et de l’autre les méchants, sauf que notre héros se trouve être parmi ces derniers. Si l’hostilité du voisinage envers monsieur Brun paraît exagérée, il faut reconnaître que le bougre n’aide pas son cas en manigançant volontairement quelques mesquineries. Seul mais avec du caractère, ses échanges avec les autres personnages donnent des dialogues bien sentis et amusants selon qu’il parle à la concierge ou à la petite Juliette. 

Ces conflits de voisinages sont surtout l’occasion d’aborder l’isolement des personnes âgées et le mal-être qu’il peut en découler. Le manque d’amour-propre également, dans le cas de monsieur Brun, qui l’aura empêché d’envisager ses relations autrement que par l’aigreur. Des sujets complexes et difficiles qui sont ici présentés avec un décalage amusant et vivifiant. Une ode à l’ouverture et au souci des autres qui rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour changer et s’améliorer. 

Étonnamment frais Mémé dans les Orties est un titre qui fait passer du maussade au feel good en quelques pages. On s’éprend rapidement de son protagoniste imparfait et rabougri, tout en lui souhaitant le meilleur au fil d’une histoire surprenante. Doté de dialogues effrontés (voire insolents) mais aussi tendres, le récit ne manque pas de faire sourire avec ses péripéties de voisinages qui ne donnent qu’une envie : pousser mémé dans les orties !

Mémé dans les orties de Véronique Grisseaux & Christine Davenier d’après Aurélie Valognes, Michel Lafon


Illustrations © Véronique Grisseaux / Christine Davenier / Michel Lafon

© Véronique Grisseaux / Christine Davenier / Michel Lafon
© Véronique Grisseaux / Christine Davenier / Michel Lafon
© Véronique Grisseaux / Christine Davenier / Michel Lafon
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