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par Thomas Mourier - le 23/07/2021
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par Thomas Mourier - le 23/07/2021

Old, ou comment les bons albums ne vieillissent jamais

M. Night Shyamalan, le mystérieux réalisateur de Sixième Sens, Incassable ou Glass s’attaque à l’adaptation de Château de sable, une bande dessinée de Pierre Oscar Lévy & Frederik Peeters, avec Old sorti cette semaine au cinéma.

Des réalisateurs qui s’attaquent à la bande dessinée, on en trouve de plus en plus, mais des réalisateurs dont chaque film est scruté pour sa vision très particulière se comptent sur les doigts de la main : M. Night Shyamalan fait partie de ceux-là et son choix d’adapter Château de sable de Pierre Oscar Lévy & Frederik Peeters parue en 2011 est assurément un événement. Que le film soit bon ou non, et on l’espère, ce choix à déjà le mérite de mettre en lumière l’album et ses auteurs.

Si le long-métrage de M. Night Shyamalan est un film à twist (sa marque de fabrique), la bande dessinée de Pierre Oscar Lévy & Frederik Peeters dévoile toutes ses cartes d’emblée et creuse plus autour des émotions et des questionnements des protagonistes. Librement inspiré, plus qu’adapté, le film Old reprend les thèmes et une partie du scénario de cet album intrigant qui questionne notre rapport au monde, au temps, à la sexualité ou aux autres. Cherchant une plage tranquille, des familles, des couples et des promeneurs se retrouvent prisonniers du lieu, incapables d’en sortir ni de comprendre pourquoi une force invisible les retient. Pire, chaque heure qui passe est comme une année, le passage du temps s’invite comme le reflux des vagues. Indomptable, inéluctable, ininterrompu…

La vie, un château de sable éternel ?

Dans l’œuvre originale, le temps — accéléré ou non — est un révélateur qui pousse les personnages à se confronter ou à s’affronter pour interagir au-delà des apparences. Dans ce décor de rêve, une mécanique du huis clos se met en place et rappelle la sentence de Jean Paul Sartre « L’enfer c’est les autres » où notre plus grand malheur pourrait être de se voir sans cesse jugés par nos semblables, d’en subir les opinions sans échappatoire ou de ne pas pouvoir s’envisager sans le regard de l’autre. L’univers des auteurs dans Château de sable repose sur l’humain et sur ce glissement de la réalité qui pousse les personnages à se dévoiler, à en dévoiler plus que ce qu’ils auraient aimé. 

Derrière son apparence de conte fantastique, Château de sable s’attaque à des tabous, la sexualité, la folie, le racisme, mais aussi l’amour, les regrets ou les non-dits. Il met en scène les corps dans un éventail-choc, de l’éveil sexuel des jeunes ados à la découverte d’un cadavre, du désir amoureux d’une rencontre à la tendresse des seniors. Frederik Peeters est assez virtuose dans la manière de dessiner ses personnages, de les faire vieillir sans les trahir, de trouver graphiquement la marque qui permet de les reconnaître à différents âges. L’album est en noir & blanc et son style colle parfaitement avec l’atmosphère onirique du scénario et son aura initiatique. Le dessinateur joue avec les détails, les gros plans, les répétitions pour suggérer plus que montrer le temps qui passe et les corps qui changent.

Après sa grande série Lupus et une première incursion dans le fantastique avec Pachyderme, le trait de Frederik Peeters était en parfaite adéquation avec cette histoire et préfigure son approche très inspirée, pleine de références visuelles, d’inspirations tous azimuts dans le dessin et le design d’Aâma qui démarre au même moment.

Le scénario offre plusieurs respirations dans cette escapade hors du temps, des ponctuations référencées, conte dans le conte, citations d’Hergé, clins d’œil aux littératures de genres incarnés par des personnages ou références discrètes à la pop culture. 

Old une vision du confinement ? 

Le réalisateur explique que sa fille lui aurait offert l’album traduit en anglais, et l’on sait que l’homme est un amateur de bande dessinée et d’animation puisque sa trilogie autour d’Incassable s’inspire des super-héros & de leurs codes. Il a également souhaité adapter la série jeunesse Avatar dans son film Le Dernier Maître de l’air en 2010. Le résultat n’était pas à la hauteur de la série TV malheureusement. 

Pour Old, M. Night Shyamalan a tourné son film en pleine pandémie alors que le monde entier s’est retrouvé bloqué à faire le point sur sa vie. Où la question du temps qui passe, des espoirs & des regrets est passée sur le devant de la scène. Un huis clos qui prend un sens assez fort en 2021 après cette période qui a impacté l’humanité.

Le fait que le réalisateur explique l’origine de ce vieillissement, et la source de ce qui retient les protagonistes sur la plage, peut impacter votre lecture de l’album alors je vous conseille, avant de voir le film, de lire Château de sable pour profiter de cette étrange balade pleine d’esprit avant d’attaquer la version d’Hollywood.

Château de sable de Pierre Oscar Lévy & Frederik Peeters, Atrabile

Old de M. Night Shyamalan, sorti le 21 juillet 2021


illustrations © Pierre Oscar Lévy / Frederik Peeters / Atrabile

Château de sable de Pierre Oscar Lévy & Frederik Peeters, Atrabile
Château de sable de Pierre Oscar Lévy & Frederik Peeters, Atrabile
Château de sable de Pierre Oscar Lévy & Frederik Peeters, Atrabile
Château de sable de Pierre Oscar Lévy & Frederik Peeters, Atrabile
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