

En mai 2020, dans le nord-est de l’Italie, un jeune pakistanais est retrouvé sur le bord d’une route en rase campagne. Il est dans un sale état, couvert d’hématomes, les mains liées derrière le dos. L’homme déclare aux policiers qui l’ont secouru qu’il est employé – tout comme une trentaine de ses compatriotes – d’une coopérative de services, sous-traitante d’une imprimerie industrielle. Dans l’entreprise, il est soumis à des tours massacrants de douze heures, sept jours sur sept, sans avoir droit ni à des journées de repos ni à des congés payés. Le tout pour un salaire de cinq euros de l’heure. Ayant tenté de s’opposer à ces abus, le jeune homme a été séquestré par les nervis de son employeur, menacé, roué de coups et abandonné à des kilomètres de son domicile. Venus à connaissance de cet épisode, des syndicalistes s’emparent de l’affaire et mettent à nu un réseau de recrutement et d’exploitation illégaux de main-d’œuvre, qui profite de la connivence de ses respectables bénéficiaires finaux. Dans Ismaël et les autres, Paolo De Marchi et Giuseppe Zambon retracent le combat de ces travailleurs immigrés pour recouvrer leurs droits et leur dignité. Les deux auteurs dissèquent, en même temps, les mécanismes d’une forme d’esclavage moderne qui est désormais intégrée, dans tous les pays d’Europe, à des pans entiers de l’économie et dont les travailleurs migrants, légaux comme illégaux, sont les principales victimes.
Salvatore "Totò u curtu" Riina, était connu sous le pseudonyme de La Belva (Le Fauve). Nous allons suivre sa vie des champs, de Corleone au sortir de la guerre, son impitoyable ascension au sein de la mafia sicilienne jusqu'à l'attentat en 92 contre le juge Falcone et le procès hors-norme qui le condamna définitivement. C'est le récit de l'ascension du mal, dans un monde pétri de valeurs morales.
En 1868, dans la province qui s'étend entre Rome et Naples, un groupe de brigands planifie une embuscade contre l'armée piémontaise, qui régit d'une main de fer toute l'Italie depuis que Garibaldi a initié le Risorgimento, l'unification nationale italienne. À sa tête : Francesco Guerra, ancien soldat entré en rébellion contre ce nouvel État qui assomme le peuple de taxes ; et sa compagne, la troublante Michelina di Cesare, qui a réussi l'exploit d'unifier les ciociari, ces fermiers-brigands vivant dans le maquis. D'un sang-froid à toute épreuve, Michelina abat froidement les soldats pris en embuscade. Mais d'où lui vient cette haine farouche?? Serait-elle, comme dans les histoires que raconte son frère Nino, une janara, figure folklorique à mi-chemin entre harpie et sorcière?? La Fleur au fusil est l'histoire vraie de cette pasionaria italienne, autrice de nombreux vols, enlèvements et attaques à mains armées contre l'armée et l'État. Héroïne défenseure du peuple ou criminelle aux stratagèmes élaborés?? C'est au lecteur d'en juger. Dans un style inspiré des westerns en Technicolor de John Ford et Sam Peckinpah, ce one-shot écrit par Cédric Mayen et superbement mis en images par Cristiano Crescenzi nous raconte la vie et le destin tragique d'une femme rebelle, féministe avant l'heure.