

Naoko, jeune Japonaise un peu rêveuse, vit parmi les ombres. Chaque été, dans son village, on célèbre une fête ancienne très particulière pendant laquelle les âmes errantes des disparus reviennent. Naoko aura pour mission de guider l’âme d’un homme privée de souvenirs, hantée par un terrible secret. Si elle échoue, au bout d’un an, l’âme sera perdue à tout jamais. Au fil des saisons, naissent entre Naoko et cette âme des sentiments qui brouillent la frontière entre le monde des vivants et des morts. À force de côtoyer un fantôme et de comprendre son passé, Naoko ne risque-t-elle pas de passer à côté de sa propre vie ?
Dans ce petit livre, qui a donné lieu à une pièce de théâtre et à un court métrage, Lewis Trondheim multiplie les rebondissements avec une aisance inégalée. Le scénario le plus rocambolesque qui soit en 24 pages.
Dans un monde peuplé d’humains sans jambe, sans bras ou sans tronc, Gus et ses trois têtes fait office d’exception, voire d’anomalie. Esclave moderne œuvrant dans une usine où la cadence est intenable, Gus broie du noir, et les spiritueux qu’il ingurgite lors de quelques beuveries désespérées ne lui apportent que des trous noirs abyssaux, et zéro réponse à sa quête de sens et d’identité. Une psychanalyse qui patine, une mère spécialisée dans les reproches, un secret de famille bien gardé – Gus, en perpétuel conflit avec lui-même, ne voit à quoi se raccrocher. Mais le jour où la cadence augmente encore sur les chaînes de montage, l’homme aux trois têtes craque et rend son tablier dans un coup d’éclat exemplaire. Un comportement détonnant qui fera de Gus le coupable idéal d’un sabotage survenu dans la grande usine… Dans des pages denses au noir et blanc soigné, et avec un sens de l’absurde assumé, Rachel Deville décrit un monde fantasque miroir du nôtre, un monde un peu fou qui produit trop, mais offre peu. Pourtant <em>Le Grand</em><em>Je</em> n’a rien d’un livre cynique ou désespéré, et se présente même plutôt comme une belle ode ode à la désobéissance, et une invitation à l’insoumission. Rachel Deville est une autrice rare (<em>L’Heure du loup </em>à L’Apocalypse, <em>La Maison circulaire</em> chez Actes Sud); elle réalise avec <em>Le Grand Je </em>un livre d’une grande originalité, qui fait se marier de façon rare <em>psychanalyse </em>et <em>lutte des classes</em>.