



I like short songs raconte la nuit sans retour de quatre paumés dans une petite ville de banlieue américaine. Un braquage raté, une beuverie dans un bar miteux, une fin de nuit dans un hall d'immeuble seront quelques unes des étapes de ce road movie sordide. Le dessin étouffant, noir et épais comme le pétrole d'Olive Booger sert une ambiance moite, chargée de sexualité perverse et frustrée. Son décor est celui des mythiques villes de province américaine, qui ressemble étrangement à la banlieue parisienne que connait bien l'auteur. Mais la principale qualité de Booger réside dans sa capacité à rendre crédible les situations les plus improbables, et à nous les faire ressentir parfaitement par son sens du détail et la justesse des dialogues. Une bd rock, brute, sans concessions. I like short songs, premier long récit de ce jeune auteur, prendra le lecteur aux tripes par ses personnages ambivalents, aussi touchants que déboussolés, décrits sans fards et avec une désarmante sincérité.
Vivre avec le VIH : témoigner pour avancerCette histoire est basée sur des faits réels se déroulant en France entre 1966 et 2023. Les prénoms ont été modifiés.Blanche est une infirmière dévouée. Divorcée, elle élève seule ses enfants, dont sa fille adolescente. Pour cette dernière, c’est le temps des premières expériences mais pour sa mère, c’est une source d’inquiétudes qui puise ses racines dans sa propre histoire. Ce n’est pas pour rien que Blanche collectionne les anges et désinfecte souvent la maison. Au détour d’une conversation mère-fille, elle va enfin révéler un lourd secret qu’elle porte depuis trente ans. L’histoire de Blanche débute dans les années 1980. C’est l’époque de Freddie Mercury et d’une émancipation soudaine pour Blanche, qui quitte la maison à 13 ans. C’est l’époque d’une vie de junkie et de l’arrivée en France d’une maladie encore méconnue, « le cancer gay ». Car à 19 ans, Blanche sera une des premières contaminées par le virus du VIH. Durant trente ans, cette mère de famille, qui a reconstruit sa vie, a livré un combat âpre. Aujourd’hui, elle raconte. Comment apprivoiser le virus, la honte de soi et le jugement. Comment accepter de prendre les 14 comprimés par jour au début du traitement. Comment répondre à la question « Comment l’avez-vous attrapé ? », posée à une époque où le virus est synonyme de dépravation. Mais elle raconte aussi son mariage, ses études, Act Up-Paris, le Sidaction et la force d’avancer. Elle raconte l’envie de maternité, le combat qu’a été sa grossesse, l’hôpital, la bienveillance, la peur, les doutes. Elle raconte sa fille, née le 1er décembre 2000 pour la journée mondiale de la lutte contre le Sida et, enfin, elle raconte son envie de pardonner, de lâcher prise sur la vie… Blanche se raconte et sa fille l’écoute. Elle écoute, pour la première fois, le parcours d’une femme exceptionnelle.C’est l’histoire d’un passé insoupçonnable et d’un incroyable parcours, enfoui depuis trente ans, que le récit magnifie. Maëlle Reat s’empare de cette histoire vraie et la porte avec force. Elle signe un témoignage bouleversant et terriblement inspirant qui nous rappelle la fragilité de la vie. Récit personnel avec un éclairage historique sur le VIH, message d’information, de prévention mais aussi d’espoir pour les personnes marginalisées, Blancheest tout ceci. Une œuvre puissante, émouvante et nécessaire à une époque où aucun traitement ne permet la guérison du virus, qui continue de se propager.
Après Un Argentin à Paris, publié aux Cahiers dessinés en 2010, Micaël revient avec un nouvel album de dessins d'humour. Son trait s'est affirmé ; il se soucie davantage des détails, fouille dans le décor, restitue au plus près les attitudes de ses personnages, il ne craint plus la foule. Son humour descend dans la rue, il s'introduit dans les lieux publics, dans les musées, dans les bars, sur la plage, puis il plonge dans les appartements, dans les salons et les chambres à coucher. Il s'arrête un instant sur une émission de télévision, suit un président de la République. Tout un monde se construit, se dispute, se ridiculise, s'attendrit, et ce monde, bien sûr, c'est le nôtre. Micaël nous invite à le voir de plus près, beaucoup plus près, à s'en moquer tendrement, à en rire avec humanité. Et c'est par ce rire subtil, ce rire très intérieur, que ce qui nous paraissait opaque et confus devient tout à coup d'une grande évidence. C'est bien là la singularité et le pouvoir du dessin d'humour, cet art désespéré, lucide et indulgent.