

S’émanciper des traumas de l’enfance : le récit d’une reconstructionÀ l’heure où l’on apprend à lire, Lauriane et ses camarades de CP ont appris à se taire. Jusqu’à ce que la vérité éclate et que sa petite sœur et ses camarades accusent leur maître d’école. Celui-ci est reconnu coupable de violences sexuelles et condamné par la justice.Des années après les faits, Lauriane ouvre la boîte noire de sa mémoire et retourne dans la cour d’école. Elle entrevoit l’hypocrisie de certains adultes et revient sur le chaos de son adolescence, lorsque tout remonte à la surface. Pour chasser les fantômes, elle nous entraîne sur le chemin d’une reconstruction possible. Sous nos yeux, la jeune adulte cherche à s’émanciper de l’enfant en mettant en scène un dialogue bienveillant entre la petite fille qu’elle était et la femme indépendante qu’elle est devenue. Son combat passe par la libération, maladroite et drôle, de « sa » parole et la réappropriation de son corps. Elle crie la colère qui la submerge, remet en question toute forme d’autorité et secoue les branches des tabous qui la cernent, résignée à ne plus jamais se laisser tomber.Car oui, on peut apprendre, grandir, s’aimer et aimer, et devenir le parent - un peu anxieux mais avisé - d’une petite fille qui, à son tour prendra le chemin de l’école. Aujourd’hui, Lauriane est devenue elle-même professeure.
Clémence est en colère. Une colère si forte, si envahissante qu'elle l'empêche de vivre. Sentant qu'un point de non retor est atteint, elle rejoint un groupe de parole qui réunit des femmes ayant elles aussi subi des violences sexuelles. 15 semaines, 15 séances de travail durant lesquelles, ensemble elles vont se livrer, s'aider. Auprès d'elles, grace à elles, Clémence va chercher (et trouver !) le moyen de faire autre chose de cette colère. Comme toujours, Mirion Malle nous entraîne au plus près de son héroïne et de ses émotions. C'est avec Clémence que se clôt le cycle initié par Mirion Malle avec C'est comme ça que je disparais (2020), suivi de Adieu triste amour (2022). 3 romans graphiques qui abordent avec force et sensibilité la guérison, la sororité, le soutien, l'écoute.
En mai 2020, dans le nord-est de l’Italie, un jeune pakistanais est retrouvé sur le bord d’une route en rase campagne. Il est dans un sale état, couvert d’hématomes, les mains liées derrière le dos. L’homme déclare aux policiers qui l’ont secouru qu’il est employé – tout comme une trentaine de ses compatriotes – d’une coopérative de services, sous-traitante d’une imprimerie industrielle. Dans l’entreprise, il est soumis à des tours massacrants de douze heures, sept jours sur sept, sans avoir droit ni à des journées de repos ni à des congés payés. Le tout pour un salaire de cinq euros de l’heure. Ayant tenté de s’opposer à ces abus, le jeune homme a été séquestré par les nervis de son employeur, menacé, roué de coups et abandonné à des kilomètres de son domicile. Venus à connaissance de cet épisode, des syndicalistes s’emparent de l’affaire et mettent à nu un réseau de recrutement et d’exploitation illégaux de main-d’œuvre, qui profite de la connivence de ses respectables bénéficiaires finaux. Dans Ismaël et les autres, Paolo De Marchi et Giuseppe Zambon retracent le combat de ces travailleurs immigrés pour recouvrer leurs droits et leur dignité. Les deux auteurs dissèquent, en même temps, les mécanismes d’une forme d’esclavage moderne qui est désormais intégrée, dans tous les pays d’Europe, à des pans entiers de l’économie et dont les travailleurs migrants, légaux comme illégaux, sont les principales victimes.