

En mai 2020, dans le nord-est de l’Italie, un jeune pakistanais est retrouvé sur le bord d’une route en rase campagne. Il est dans un sale état, couvert d’hématomes, les mains liées derrière le dos. L’homme déclare aux policiers qui l’ont secouru qu’il est employé – tout comme une trentaine de ses compatriotes – d’une coopérative de services, sous-traitante d’une imprimerie industrielle. Dans l’entreprise, il est soumis à des tours massacrants de douze heures, sept jours sur sept, sans avoir droit ni à des journées de repos ni à des congés payés. Le tout pour un salaire de cinq euros de l’heure. Ayant tenté de s’opposer à ces abus, le jeune homme a été séquestré par les nervis de son employeur, menacé, roué de coups et abandonné à des kilomètres de son domicile. Venus à connaissance de cet épisode, des syndicalistes s’emparent de l’affaire et mettent à nu un réseau de recrutement et d’exploitation illégaux de main-d’œuvre, qui profite de la connivence de ses respectables bénéficiaires finaux. Dans Ismaël et les autres, Paolo De Marchi et Giuseppe Zambon retracent le combat de ces travailleurs immigrés pour recouvrer leurs droits et leur dignité. Les deux auteurs dissèquent, en même temps, les mécanismes d’une forme d’esclavage moderne qui est désormais intégrée, dans tous les pays d’Europe, à des pans entiers de l’économie et dont les travailleurs migrants, légaux comme illégaux, sont les principales victimes.
Faites un effort d’imagination et glissez-vous vous dans la peau d’un quinquagénaire blanc et célibataire : Simon, ancien auteur de BD à succès, dorénavant prof aux Beaux-Arts, chauve, bedonnant et déprimé. Vous y êtes ? Alors, écoutez-moi. Vous avez l'angoisse chevillée au corps de celui qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit. Vous êtes dépassé. Vos élèves – dont une écrasante majorité de filles – réalisent en cours des bandes dessinées féministes au dessin girly ou manga. Leur sujet de prédilection : les menstruations, la transidentité, les discriminations sexistes ou les violences sexuelles. Vous êtes las… Vos collègues, des artistes ratés, vous renvoient le reflet de votre propre médiocrité. Quant aux auteurs et autrices de la nouvelle génération, leur succès vous rappelle votre réussite passée. Vous n’attendez plus grand-chose de la vie. Mais voilà qu’un jour, vous trouvez une lettre dans votre casier. Et pas n’importe laquelle, une lettre d’amour… Florence Dupré Latour : "J'ai un rapport particulier avec l'amour puisque j'ai une sœur jumelle. Donc, à partir de là, tout est faussé, l'acmé de l'amour c'est ma sœur jumelle et ensuite, il y a le reste. Le sentiment amoureux pour moi, c'est une espèce de folie furieuse. Je ne peux pas vivre sans le sentiment amoureux, sa promesse de dinguerie."
La fin de l’innocence. Nous sommes en 1971. Diane a 12 ans et habite à la campagne avec sa mère. C’est une jeune fille fascinée par le monument aux morts du village qu’elle observe chaque jour depuis sa chambre… Harcelée à l’école, elle passe le plus clair de son temps à s’occuper toute seule jusqu’au jour où elle fait la rencontre d’un spectre. C’est Hadrien, son arrière-grand-père, un soldat de la Grande Guerre, mort pour la France en 1917 ! Diane est ravie d’avoir un ami, mais pour pouvoir reprendre forme Hadrien aura besoin de son aide … Enthousiaste, elle décide d’aider son bisaïeul à trouver le salut en recherchant la trace du soldat responsable de sa mort. Mais au fil des visites qui se succèdent, la santé de Diane se fragilise tandis qu’Hadrien semble récupérer toute sa force… Un jour, en allant voir Rose, sa grand-mère hémiplégique à l’hôpital Diane lui annonce qu’elle échange avec Hadrien. Mais Rose réagit très mal à cette nouvelle, ce qui perturbe Diane qui continue de perdre son énergie vitale au contact de cet ancêtre. Un camarade de classe pourra peut-être lui faire une confidence capitale… Confuse, Diane se tourne vers sa mère. Mais pourra-t-elle vraiment y trouver une consolation ? Qui Laisse passer la lumière nous parle de la confiance entre enfant et adulte. S’appuyant sur un style graphique remarquable, le scénario nous interpelle tant sur le pouvoir libérateur de la parole et les secrets de famille que sur la résonance que peut avoir la tragédie d’une guerre sur les générations suivantes et les relations de confiance. Une lecture éclairée et pertinente.