



I like short songs raconte la nuit sans retour de quatre paumés dans une petite ville de banlieue américaine. Un braquage raté, une beuverie dans un bar miteux, une fin de nuit dans un hall d'immeuble seront quelques unes des étapes de ce road movie sordide. Le dessin étouffant, noir et épais comme le pétrole d'Olive Booger sert une ambiance moite, chargée de sexualité perverse et frustrée. Son décor est celui des mythiques villes de province américaine, qui ressemble étrangement à la banlieue parisienne que connait bien l'auteur. Mais la principale qualité de Booger réside dans sa capacité à rendre crédible les situations les plus improbables, et à nous les faire ressentir parfaitement par son sens du détail et la justesse des dialogues. Une bd rock, brute, sans concessions. I like short songs, premier long récit de ce jeune auteur, prendra le lecteur aux tripes par ses personnages ambivalents, aussi touchants que déboussolés, décrits sans fards et avec une désarmante sincérité.
Ça va derrière ? est le reportage d'un trajet en voiture sur la route des vacances. Sur un sujet d'une banalité apparente, Oriane Lassus développe son sujet en explorant les infinis micro-événements qui parsèment ces parcours éprouvant pour la cellule familiale : jeux, engueulades, ennui, mal des transports... rien n'échappe à l'oeil vigilant et au sens de l'observation truculent de la jeune dessinatrice. Avec un dessin inventif et libre, Oriane laisse son trait envahir la page et raconter en déformant en maltraitant ses personnages, tout en gardant un réalisme quasi-documentaire des situations. Le voyage en voiture devient une plongée kafkaïenne angoissante et oppressante, un huis clos entre 4 portières et une famille de quatre personnes prête à se détester tout le temps que durera l'infernal trajet. Prière de bien accrocher son estomac.
Mots rumeurs, mots cutter Je me suis levée, les mains tremblantes. J'entendais des chuchotements, des rires dans mon dos. J'ai pris le morceau de craie, regardé les chiffres inscrits sur le tableau. Des fractions qui auraient dû être faciles, des fractions qui se délitaient devant moi, des chiffres bizarres, monstrueux, qui me frappaient comme les insultes et les ricanements, comme la vérité qui me sautait au visage... Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini Charlotte Bousquet, l'auteure, et Stéphanie Rubini, l'illustratrice, se sont rencontrées autour de Précieuses, pas ridicules, un abécédaire décalé sur l'art et le féminisme. Après maints cafés, glaces et discussions, elles ont décidé de se lancer dans un nouveau projet : une série dont le premier opus, Rouge Ttagada, a été remarqué par la critique. Messages discrets, graffitis gravés sur les tables, petits cours, injures taguées dans les toilettes des filles, mots d'amour glissés dans un cahier : de ces souvenirs de collège est né Mots rumeurs, mots cutter, le deuxième tome de cette photo de classe en bande-dessinée.