

Kyôto, 1966. Le jeune Hamaguchi, employé d'une société de textile en gros, n'a pas la fibre de la plupart des gens de son âge. Plutôt que de fréquenter les clubs de sport, il préfère assouvir sa passion du dessin en allant croquer sur le vif les animaux du zoo de la ville. Mais même ce dérivatif ne suffit pas à combattre l'ennui qu'il ressent. Dès l'année suivante, sollicité par un ami de lycée, Hamaguchi part pour la capitale, Tôkyô. C'est là, un peu par hasard, que sa route croise celle d'une communauté professionnelle un peu particulière: celle des auteurs de bande dessinée, les mangakas. Pour la première fois, Jirô Taniguchi opte pour un registre explicitement autobiographique, convoquant ses souvenirs de jeunesse et son parcours d'auteur. Un beau récit d'apprentissage en bande dessinée, où l'on retrouve la finesse et l'élégance qui ont fait le succès du maître japonais auprès des lecteurs de langue française.
Shuna, prince d’une contrée pauvre, regarde, impuissant, ses sujets souffrir de la faim et se tuer à la tâche. Comment faire pousser les céréales que leur terre, stérile, leur refuse ? Un beau jour, un voyageur évoque une graine dorée miraculeuse, qui fait onduler les plaines en longues vagues fertiles. Elle proviendrait d’un pays lointain, à l’Ouest, peuplé d’esprits hostiles à l’homme – dont nul n’est jamais revenu. En dépit des soupirs des anciens et des larmes de son père, Shuna se lance vers cet Eldorado sur son fidèle yakkuru, dans l’espoir d’y trouver de quoi sauver son peuple. En chemin, il libère une jeune esclave, Thea, et sa petite soeur, retenues prisonnières par des trafiquants d’hommes. Poursuivi par leurs ennemis, Shuna confie les deux filles à son yakkuru, qui file avec elles vers le Nord tandis qu’il continue seul, à pied, vers l’Ouest. Quand il atteint enfin la terre des êtres divins, ce qu’il y voit le changera à jamais. Thea reverra-t-elle Shuna ? Et le jeune prince au cœur d’or ramènera-t-il la précieuse céréale ?
Un accident de la route comme possibilité, au-delà de la mort, de dire enfin aux membres de sa famille, ces « proches si lointains », tout ce qu’on aurait dû leur confier au lieu de laisser la vie nous emprisonner dans un rôle. Sur un schéma narratif voisin de celui de Quartier lointain, avec un point de départ fantastique et un traitement résolument réaliste, Jirô Taniguchi explore avec la délicatesse qu’on lui connait les thèmes de la famille et de l’amour, que l’on est souvent trop maladroit pour transmettre et trop égoïste pour recevoir.