
Avec le Marsupilami de Philippe Lacheau, Les Légendaires de Guillaume Ivernel, Les Enfants de la résistance de Christophe Barratier, ce début 2026 est chargé côté adaptation de bande dessinée à destination de la jeunesse. Mais une ressort du lot pour son envie de rendre hommage au matériel original, et la place laissée aux enfants là où d’autres se servent de la bande dessinée comme prétexte pour un film potache. Pauvre Franquin.
De son côté, Les Enfants de la résistance adapte la série des Belges Vincent Dugomier & Benoît Ers vendue à presque 3 millions d’exemplaires avant la sortie du film. Avec 9 albums, un hors-série documentaire, des escapes games en livre, des podcasts historiques, une série de romans et une adaptation au cinéma cette année, Les enfants de la résistance est devenue en quelques années un incontournable pour les jeunes lecteurices.
Je vous propose un focus sur le film avant de revenir sur la bande dessinée dans la seconde partie de l’article.
🎬 Avec Les Enfants de la résistance Christophe Barratier a enfin trouvé son élément
Connu pour son obsession des films en costumes et les représentations d’une France éternelle, un peu paternaliste et cul béni, Christophe Barratier a enchainé les grosses productions mettant en scène un XXe siècle fantasmé hérité de la littérature et du cinéma de l’entre-deux guerre en creusant un sillon film après film sans réussir à convaincre. Mais avec Les Enfants de la résistance, le réalisateur semble avoir trouvé la touche manquante.
Si dans La Nouvelle guerre des boutons, le réalisateur avait déjà tenté de parler de la guerre, de la collaboration et de la résistance à partir du roman de Louis Pergaud, on n’avait pas été convaincu ; mais là à partir de la bande dessinée de Benoît Ers & Vincent Dugomier, le réalisateur a trouvé le matériau qui lui permet d’aller au bout de ses idées avec une vision plus rafraîchissante car les enfants tiennent le premier rôle.

Chose rare, Christophe Barratier s’est spécialisé dans les films mettant en scène des enfants au premier plan —Les Choristes (2004), La Nouvelle guerre des boutons (2011), Le Temps des secrets (2022)— mais avec à chaque fois un casting bankable qui prenait plus de place que les jeunes protagonistes.
Avec Les Enfants de la résistance, il garde l’une des clefs qui a fait le succès de la bande dessinée : de raconter l’histoire à hauteur d’enfant. Et cette fois, même son acteur fétiche Gérard Jugnot —qui a quand même quelques scènes plus appuyées que dans la BD pour rester à l’écran— ne vole pas la vedette aux jeunes acteurices Lucas Hector, Nina Filbrandt & Octave Gerbi.
Que ce soit Artus qui incarne le père de François ou Leslie Medina —qui ironiquement jouait déjà ce rôle de façon méta dans la série Fiasco de Pierre Niney— ou Pierre Deladonchamps & Vanessa Guide, ils jouent bien sans en faire trop. Mention spéciale à Julien Pestel et Julien Arruti qui se démarquent dans le jeu et trouvent une manière bien à eux d’incarner leur personnage pour apporter une vraie plus-value.

Une adaptation fidèle donc, avec un soin particulier aux décors, costumes et accessoires qui offrent une immersion immédiate dans ce village fictif de Pontain-l’Ecluse. Le tournage en décors réels et la place accordée à la reconstitution pour coller à l’esprit de la série permettent au réalisateur de développer ses personnages et de ne pas succomber à l’esthétique plus romantique de certains de ses films.
Dans leur scénario Christophe Barratier & Stéphane Keller adaptent les deux premiers volumes de la série, avec quelques libertés et une fin qui permet d’envisager la suite selon le succès de ce premier opus. Je vous le conseille particulièrement si vous avez des enfants et jeunes ados —à partir de 11-12 ans pour certaines scènes difficiles, plus fortes et immersives que dans la BD— le film ouvre pas mal de discussions.
Une bonne surprise, qui s’explique par la richesse de la série en bande dessinée ; retour sur cette
œuvre aussi passionnante pour les jeunes que pour nous.
📚 Une série incontournable en bande dessinée !

Vincent Dugomier & Benoît Ers ont trouvé une formule ludique, avec cette histoire racontée à hauteur d’enfant pour aborder cette période difficile sans tronquer ni travestir les moments difficiles en proposant —au contraire— des personnages jeunes qui s’emparent de ces sujets.
À travers les questionnements et les actions des jeunes François, Eusèbe et Lisa qui entrent dans la résistance de manière ingénue, sous le pseudonyme collectif du Lynx, c’est tout un village qui va se positionner face à l’arrivée des soldats envoyés par le régime nazi. Les auteurs arrivent à la fois nous faire vivre ce petit village, à l’annonce de la guerre puis sous l’occupation, mais aussi nous faire vivre une formidable aventure collective avec ces 3 jeunes qui vont incarner l’esprit de la résistance.
Inspirés par des histoires vraies et la documentation, chaque album se conclut par un dossier pédagogique proposé par Vincent Dugomier et complété en ligne par 6 podcasts intitulés « Résister ! » où on découvre le destin de véritables enfants ayant pris part à la résistance durant la Seconde Guerre mondiale [disponibles en ligne ici]. De ces infos, en plus de leurs souvenirs familiaux confient Benoît Ers et Vincent Dugomier en interviews, le duo en a tiré la matière pour faire évoluer leurs personnages durant toute la période de la guerre.
Chaque nouveau volume avance au rythme des saisons et des précisions historiques avec un angle peu utilisé, celui des balbutiements de la résistance et de la formation de ses réseaux, là où habituellement la fiction insiste plus volontiers sur l’action, les sabotages et les arrestations spectaculaires.

Benoît Ers installe ses personnages ronds aux visages expressifs dans un style graphique très poussé en ce qui concerne les décors et les ambiances. Architectures, paysages ou uniformes, le dessinateur pousse le soin dans son superbe travail sur la couleur indissociable de son trait. Le vrai tour de force graphique de cette série est de dessiner les scènes de la vie quotidienne en leur donnant une touche réaliste. Si les véhicules, uniformes et objets sont souvent documentés, les vêtements, intérieurs ou objets de la vie à cette époque l’est moins et le dessinateur nous garde captif de ses planches.
Lancée en 2015, cette série fête ses 10 ans déjà, et les auteurs travaillent sur le T10 prévu pour juin 2026, alors que la fin de la guerre se profile déjà dans le T9. L’action devient plus intense, les émotions plus fortes mais le scénariste garde une forme de légèreté dans les dialogues et les situations pour garder un récit accessible aux plus jeunes tout en étant captivant pour les plus grands.
Une série indispensable pour parler d’histoire, de courage, d’humanité sans sacrifier l’aventure, l’émotion ou la légèreté. Benoît Ers & Vincent Dugomier ont annoncé qu’après cette série socle, ils proposeraient un spin-off autour de Lisa pour continuer de réfléchir à cette période en évitant clichés et manichéisme.
Les enfants de la résistance de Vincent Dugomier & Benoît Ers, Le Lombard
Pour aller plus loin, l’éditeur propose un mini site avec des ressources pédagogiques.
Et le lien direct vers les podcasts mentionnés plus haut.
Sur 9emeArt.fr, on vous parlait de L’Escape Game ici.
Toutes les images de la bande dessinée sont ©Vincent Dugomier / Benoît Ers / Le Lombard
Toutes les images du film sont ©StudioCanal









